‹ Les idées morales de DiderotChapitre 101 sur 234 · Enc.,\art. Encyclopédie, XIV · texte numérisé non relu

Enc.,\art. Encyclopédie, XIV

de l’entendement, de la substance, de la pensée, et autres sujets qui n’ont n1 rive ni fond 1.

Puisque la métaphysique a si peu de consistance, qu’elle ne vaille pas la peine qu’on y égare une parcelle d’attention, rien ne serait vain comme de prétendre y fonder la morale, et appuyer cette solidité à cette fragilité ; rien non plus, et par suite, ne risquerait d’être plus funeste. — Diderot, dans l’article de l'Encyclopédie, où, pour résumer la philosophie de Malebranche, il reproduit en l’abrégeant ce qu’en avait dit Fontenelle, vient à noter que l’Oratorien, dans le Traité de Morale, « tire nos devoirs de principes qui lui étaient particuliers » ?, T1 s’arrête là de suivre son auteur pour ajouter cette réflexion : |

Ce pas me paraît bien hardi, pour ne rien dire de plus. Je ne conçois pas comment on ose faire dépendre la conduite des hommes de la vérité d’un système métaphysique.

Ainsi, entre la métaphysique qui habite le « monde intelligible », et la morale qui est aux prises avec le « monde réel », il est impossible d'établir une relation : il n’y aurait aucun bénéfice pour la morale, puisque ces deux ordres sont distincts. Et de plus, quelle imprudence de lier à cette chose arbitraire, éphémère : un système, ce qui est nécessaire à l'homme et qui doit être constant, universel.

Telles sont les indications, assez sommaires, qu'on peut recueillir chez Diderot sur ce sujet : sans doute considère-t-il qu'il n’y a là qu’une idée, — que l’on peut bien concevoir, mais qui ne fut guère vraiment « réalisée » par aucun esprit, et qui surtout n’a jamais influé sur la conduite de personne.

Pour ce qui concerne les rapports de la morale et de la religion, Diderot se fait plus explicite et plus chaleureux ; sa dis-

1. Enc., art. Pyrrhonisme, XVI, 491-2. Ainsi le relativisme est pour lui

le seul remède au scepticisme.

2. Phrase prise textuellement de Fontenelle, éd. de 1757 et sulv., V3

AA MCGECOAVIIT D. 315.

cussion se précise et s’anime. Il ne traite pas la question de façon impersonnelle, semblable au philosophe intellectuel qui définirait d’abord abstraitement le concept de la religion, puis le concept de la morale, pour les rapprocher ensuite et noter ce qu’ils ont de commun ou d’inconciliable. C’est « avec toute l’âme » qu’il aborde ces problèmes, et son cœur est intéressé à ce qu'il dit ; les effets de la religion sur la morale, il ne les conçoit pas seulement, il les constate à tout instant dans la vie autour de lui, — il les ressent, et, bien souvent, il les déplore. Aussi éprouvet-on quelque difficulté à démêler, dans sa critique, ce qui regarde la religion en général, en tant que fondant la morale, et ce qui vise la religion chrétienne et ses prescriptions. Nous essayerons pourtant de faire cette distinction, dans l'analyse que nous allons donner de la pensée de Diderot, d’après les divers ouvrages où 1l parle de ces sujets, mais en nous attachant principalement à l'Entretien avec la Maréchale de ***, cet opuscule où Le dialogue s'accorde au ton aisé de la causerie mondaine, et révêle néan- . moins une si belle richesse d'idées.

La conclusion de Diderot, on la devine : c’est que « Dieu est une mauvaise machine dont on ne peut rien faire qui vaille » 1; mais cé qui est intéressant, c'est moins le terme où il aboutit, que le chemin par où il y arrive.

Diderot remarque d’abord que vouloir fonder la morale sur la religion, c'est aller contre l'esprit moderne, c’est rétrograder vers l'enfance du monde :

Il y a plus de deux mille ans que Socrate, étendant un voile au-dessus de nos têtes, avait prononcé que rien de ce qui se passait au delà du voile ne nous importait, et que les actions des hommes n'étaient pas bonnes, parce qu'elles plaisaient aux dieux, mais qu’elles plaisaient aux dieux, parce qu'elles étaient bonnes ; principe qui isolait la religion de la morale ?.

Mais voici venir des critiques plus essentielles.

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