Fragment inédit
Le premier reproche que Diderot adresse à toute religion, c’est d'amener un renversement des valeurs morales. Réduite à ce qui est fondamental, la religion est la croyance en un Dieu : or «partout où l’on admet un Dieu, il y a un culte ; partout où il y a un culte, l’ordre naturel des devoirs moraux est renversé et la morale corrompue »! Un culte, en effet, c’est « un ordre de devoirs supérieurs aux devoirs naturels » ?, qui nécessairement doit nuire, par cela seul qu'il se les subordonne, aux lois naturelles, aux lois civiles, aux lois domestiques :
Que deviennent les lois naturelles pour celui qui demande pardon à Dieu du mal qu'il a fait à l’homme ; qui pense que la première des obéissances est celle qu'il doit à l’être suprême ; qui met les maximes de la foi avant le conseil de la conscience et l'ordonnance de la loi ?... Que deviennent les lois civiles ? Rien. Est-ce qu'il y a quelques lois civiles sacrées où l’on reconnaît un être plus puissant que le souve- Train, etc. 3,
Ainsi, loin de les fortifier, la religion «avilit l’ordre des devoirs naturels et moraux, en le subordonnant à un ordre de devoirs chimériques » * Par exemple, « il n'y a peut-être pas un homme pieux qui ne vit plus de mal à souiller un vase sacré qu'à corrompre une jeune innocente ; ils ont inventé pour la première de ces fautes le nom de sacrilège » °.
D'après cette importance d'opinion, quand on a foulé aux pieds l’une des deux morales, quel respect a-t-on pour l’autre $. Par quel motif celui qui se regardera comme un sacrilège balancera-t-il à se rendre menteur, voleur, calomniateur ? ?
Un autre reproche, non moins grave, c'est que les actions morales au regard de la religion sont telles, non en vertu de leur
A Mie Volland, 6 oct. 1765, XIX, 185-0.
DAME Caihi TI p.302:
Ibid., p. 304-5.
Entretien..., II, 517.
MDid. et Cath. II, p. 314. Cf. Entretien.…., II, 518. Tbid.
Bredart.Illicite, XV:100: