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valeur intrinsèque ou de leurs conséquences heureuses pour l'individu ou la société, — mais uniquement parce qu'elles sont conformes à la volonté de Dieu. « Que votre volonté soit faite ! » s'écrie le croyant, et il se refuse d'apprécier cette volonté *. — De là résulte non seulement, comme nous venons de le voir, une subordination des prescriptions de la conscience ou de la loi aux ordres d’un être considéré comme infiniment supérieur, mais bien souvent une contradiction entre ces ordres-ci et ces prescriptions-là.
Dans tout livre sacré, il faut qu'on voie l'être suprême maître du juste et de l’injuste. Que s’ensuit-il ? que ce livre doit être rempli d'actions atroces justifiées par l'ordre de Dieu, d'actions innocentes punies uniquement pour avoir été faites contre sa volonté ?.
Et de fait, «il n’y a pas une seule contrée, il n’y a pas un seul peuple où l’idée de Dieu n’ait consacré quelque crime ÿ. »
Même si l’on adméttait que la religion ne prescrivit point d'actions contraires à la saine morale, du fait seul qu’elle existe, ou plutôt du fait qu'il y a des religions, quelles funestes conséquences vont sortir ! Car 1l ne peut y avoir une religion, universellement reconnue : toute religion repose sur la notion d’un Dieu ; or, comme cette notion est celle d’un être « 2ncompréhensible * » et que nous n'avons point ici d'objet auquel nous puis-
1. Au contraire, Bayle, Contin. des pensées diverses, $ CLII, se fondait sur l'opinion des docteurs pour affirmer l’antériorité de la loi morale par rapport à la volonté de Dieu (exprimée dans la Révélation), laissant au lecteur le soin de conclure l’inutilité de celle-ci : « .. Selon la doctrine d’une infinité d'auteurs graves, il y a dans la nature et dans l'essence des choses un bien ou un mal moral qui précède le décret divin. Ils prouvent principalement cette doctrine par les conséquences affreuses du dogme contraire ; car de ce que ne faire tort à personne serait une bonne action, non pas en soi-même, mais par une disposition arbitraire de la volonté de Dieu, il s’ensuivrait que Dieu aurait pu donner à l’homme une … loi directement opposée en tous ses points aux commandements du Décalogue. Cela fait horreur » Œuvres diverses, La Haye, 1727, in-f, 11400!