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HAE nC art: AP XV, 254. C’est même ce qui fait la supériorité de la morale que prêche le comédien sur celle que prêche le prêtre : « Votre morale, écrit Diderot à Mile Jodin, est de tous les temps, detousles peuples, de toutes les contrées ; la leur change cent fois sous une très petite latitude » XIX, 398. Cf. Did. et Cath. IT, pp. 218, 300.
Ainsi les religions qui sont plusieurs ne peuvent fonder la morale qui est une :
Vous dites qu’il y a une morale universelle, et je veux bien en convenir ; mais cette morale universelle ne peut être l'effet d’une cause locale et particulière. Elle a été la même dans tous les temps passés ; elle sera la même dans tous les siècles à venir ; elle ne peut donc avoir pour base les opinions religieuses qui, depuis l’origine du monde et d'un pôle à l’autre, ont toujours varié !.
Mais il y a plus. De cette diversité des religions et de l’importance qu'on y attache naissent aussitôt des antagonismes entre les différentes sectes ; car tout croyant est en puissance un fanatique. Et les tristes effets qui sortiront de là sont assez connus : haines de nation à nation, haines à l’intérieur des sociétés et même des familles ?. De celles-ci Diderot a fait la douloureuse expérience :
Personne ne le sait mieux que moi : la diversité des opinions éteint: les liaisons les plus saintes. L’indifférence, la haine, s'établit dans la famille. Il n’y a plus ni père, ni mère, ni frères, si sœurs, ni amis *.
Aussi tout l'effort de l'Encyclopédie a tendu à ruiner ces morales religieuses et particulières, pour faire place à la morale unique, universelle :
Oserions-nous murmurer de nos peines, s’écrie Diderot dans l’Avertissement au tome VIII (1765), si nous pouvions nous flatter d’avoir affaibli cet esprit de vertige si contraire au repos des sociétés, et d’avoir amené nos semblables à s'aimer, à se tolérer et à reconnaître enfin la supériorité de la morale universelle sur toutes les morales particulières
qui inspirent la haine et le trouble, et qui rompent ou relâchent le lien général et commun 4 ?
1. Fragments échappés..…, VI, 444 ; mêmes expressions dans le Fragment inédit.
2. II, 512; cf. à l'abbé Le Monnier, XIX, 362 ; Diderot et Catherine II, PT: