‹ Les idées morales de DiderotChapitre 106 sur 234 · Diderot et Catherine II, p · texte numérisé non relu

Diderot et Catherine II, p

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Cependant, ils sont nombreux, ceux qui croient que la religion est utile à la morale, — ou tout au moins qu’elle peut servir à maintenir l'ordre social. C’est le grand argument des esprits conservateurs, plus soucieux de produire une apparence de moralité dans le peuple, que scrupuleux sur les moyens de la réaliser ; les préjugés, les illusions, surtout religeuses, doivent mener la foule. Cette opinion, le Neveu de Rameau un jour l’entendit soutenir :

J'étais. à la table d’un ministre du roi de France qui a de l'esprit comme quatre, eh bien ! il nous démontra, clair comme un et un font deux, que rien n’était plus utile aux peuples que le mensonge, rien de plus nuisible que la vérité 1

Il n’y a pas d'erreur plus funeste selon Diderot :

Je crois que, si le mensonge peut servir un moment, il est nécessairement nuisible à la longue ; et qu’au contraire la vérité sert nécessairement à la longue, bien qu'il puisse arriver qu'elle nuise dans le moment ?.

C'est là une conviction profondément enracinée chez lui, et faut-il l'appeler intellectualiste ou «pragmatiste » ? Vérité, utilité, ces deux idées pour lui vont toujours de pair ; ce sont comme les deux noms dont on désigne une même qualité des choses, et il est difficile de dire quel terme est premier dans son esprit.

Que « la vérité est toujours utile et le mensonge toujours nuisible » ÿ, c'est un fait d'expérience, un fait que législateurs et fondateurs de religion ont trop souvent méconnu :

En faisant descendre du ciel en terre comme d’une machine tous ces dieux, pour leur inspirer les lois qu’ils devaient dicter aux hommes, les législateurs nous montrent dans leurs personnes des fourbes et des

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