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Quand je n'aurais rien à mettre à la place, ce sera toujours un terrible préjugé de moins, sans compter que, dans aucun siècle et chez aucune nation, les opinions religieuses n’ont servi de base aux mœurs nationales 1,
Telle est la critique à laquelle Diderot soumet, du point de vue moral, la religion. Elle est inefficace, et donc inutile, faisant double emploi avec la morale, si leurs prescriptions sont conformes ? ; — mais de plus elle est souvent immorale dans ses prescriptions ; elle est funeste et immorale dans ses conséquences nécessaires *. Que parfois elle ait de bons effets sur la conduite, cest chose évidente ; mais qu'est cela à côté des catastrophes qu'elle déchaîne ? En tout cas elle ne saurait fonder la morale, et ce serait rendre service à celle-ci, que d’en affirmer la complète indépendance, même si on n'avait pas d’autre base sur quoi l’édifier. — Mais nous allons voir que, pour Diderot, il n’en est pas ainsi. L
La morale existant en fait, devant exister en dehors de toute « opinion religieuse », de toute considération métaphysique, de toute hypothèse sur l’au-delà, et ayant en ce monde son objet tout entier, c’est sur cette terre, non dans le ciel, qu’elle doit . chercher un appui. Quelles sont les bases sur quoi on peut fonder l'existence et l’unité de la morale, « sans étendre ses vues au-delà de cette vie ? 5»
Pour les découvrir, il faut regarder la nature de l’homme, entendue au sens concret et positif, telle qu’elle nous est donnée
5 ca e EM « la religion n’est que la sanction de la volonté de Dieu, révélée et apposée à la morale naturelle » (Plan d'une Univ, XII, 491). 3. Cf. encore IV, 96. w |
4. Remarquons que Diderot n’adresse plus ici (cf. ch. XXX, p. 222) ce reproche à la religion, d'enlever à la conduite son désintéressement et … par suite son caractère moral en proposant à l'homme un loyer dans l’autre monde ; ce serait aller contre ses propres principes :« Que fait le prêtre dans sa leçon ? Il rapporte tout au bonheur à venir, Que doit faire le souverain dans la sienne ? Tout rapporter au bonheur présent ». A Si lui-même préfère « mettre à fonds perdu ses bonnes actions », il ne blâme pas celui qui « prête à Dieu à la petite semaine » (II, 508-0).