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Un tel homme, au vrai, ne serait plus un homme, car l’homme est porté par sa nature même à tenir compte, non seulement de l'instant présent et de la jouissance qu'il peut apporter, mais de l’ensemble de la vie, et dès lors, qui réfléchit s'aperçoit que «la folie consiste à préférer l'intérêt d’un moment au bonheur de sa vie » 1, C'est dans cet esprit que Diderot donnera à Miie Jodin ces conseils paternels :
Je serai content de vous si vous ne faites rien qui contrarie votre bonheur réel. La fantaisie du moment a bien sa douceur ; qui est-ce qui ne le sait pas ? mais elle a des suites amères qu’on s’épargne par de petits sacrifices, quand on n’est pas une folle ?.
Si la conduite nous apparaît comme raisonnable, de l’homme qui, en vue de joies à venir, réfrène en soi l’indiscrète avidité du présent, on ne voit pas ce qui peut lui conférer une valeur supérieure à celle de qui préfère le présent senti à l’avenir pensé :
Le prix de la sagesse que montre la réflexion est vu de si loin ; le prix de l’égarement que peint le sentiment est vu de si près ; il est si facile d'oublier, pour le plaisir, et les devoirs, et la raison, et le bonheur même...
D'autre part, si je sacrifie le présent dont je suis sûr, dont je saisis directement la réalité, à un futur qui m'échappe, que peutêtre je ne verrai jamais, en quoi ma conduite différera-t-elle de celle du croyant ? et en quoi suis-je plus fondé à croire que je serai demain, qu'il ne l’est à espérer une existence après celle-ci? Il semble que Diderot ait senti la difficulté quand il a écrit :
L'espérance, qu’elle soit bien ou mal fondée, est toujours un bien réel, et un dévot musiman, dans l'espérance des célestes houris qu'il ne possèdera jamais, peut avoir plus de plaisir qu’un sultan dans la jouissance de tout son sérail 4,