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Quant à lui, il se contente pour son usage de la sagesse de Salomon ; il ne cherche point sa félicité ailleurs que dans la satisfaction de l’appétit actuel : « car c’est toujours à l'appétit que j'en reviens ; à la sensation qui m'est toujours présente » 1 Certes, tel n’est pas le goût de Diderot : sans ignorer les plaisirs du corps, le « philosophe » connaît de plus hautes satisfactions ?. Il nous faut noter cette préférence de Diderot, cette prédilection pour les plaisirs dégagés du physique ; mais nous devons remarquer aussi qu'il ne peut en rendre raison d’après ses principes. Chacun d’eux, le « fou » et le « philosophe », cherche son bonheur où il le trouve, et comment prouver à l’un ou à l’autre qu'il a tort, ou raison ? Si donc, comme Diderot le répète à maintes reprises, le fait moral doit être constant et universel, on peut dire qu’au principe formulé par lui : «il n’y a qu’un devoir, c’est d'être heureux » ÿ, à ce principe, il n'a pu donner un contenu moral. Pour aboutir à un précepte, 1l lui faudra faire intervenir une autre notion, la notion de 01. C’est qu’au vrai ce principe du bonheur est moins important peut-être dans sa pensée par ce qu'il affirme que par ce qu'il nie, par ce qu’il pose que par ce qu'il détruit : c’est moins la révélation d’une doctrine propre qu'une négation de l’ascétisme chrétien.
Diderot a cherché dans la nature de l’homme le fondement du devoir, et 1l l’a trouvé dans le besoin du bonheur, qui est en chacun de nous comme l'élément le plus essentiel et le plus irréductible. Mais l'homme vit en société : Diderot même ne conçoit pas qu’il puisse vivre autrement. Sur quelle « base » établir ses rapports avec ses semblables ?
Diderot, ici encore, observera la nature humaine, telle qu’elle s'offre à nous dans l'expérience. Ayant ainsi considéré les hommes, et éliminé ce qu'il y a en eux de conventionnel, il constate que «nous n'apportons en naissant qu’une similitude d’organisa
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tion avec d’autres êtres, les mêmes besoins, de l'attrait vers les mêmes plaisirs, une aversion commune pour les mêmes peines : voilà ce qui constitue l’homme ce qu’il est, et doit fonder la morale qui lui convient » {.
C'est donc l'identité d'organisation entre les hommes qui est la « base » de la morale sociale : c’est cette notion qui en fonde l'unité, qui en pose les limites et qui en marque l’extension.
Elle fonde l'unité de la morale universelle. Celle-ci « ne peut être l'effet d'une cause locale et particulière» (comme la reli-
gion).
Où chercherons-nous l’origine de cette unanimité de jugement si constante et si générale au milieu d'opinions contradictoires et passagères ? Où nous la chercherons ? Dans une cause physique, constante et éternelle, Et où est cette cause ? Elle est dans l’homme même, dans la similitude d'organisation d'un homme à un autre, similitude d'organisation qui entraîne celle des mêmes besoins, des mêmes plaisirs, des mêmes peines, de la même force, de la même faiblesse, source de la nécessité de la société, ou d’une lutte commune et concertée contre des dangers communs et naissant du sein de la nature même qui menace l’homme de cent côtés différents ?.
Cette même notion pose les limites de la morale, qui est bornée aux êtres d'organisation identique, c’est-à-dire à l'espèce humaine :
La morale se renferme donc dans l’enceinte de l'espèce... Qu'est-ce qu'une espèce ?. Une multitude d'individus organisés de la même manière... Quoi ! l’organisation serait la base de la morale ?... Je le ETOIS
Il n’y a de relations morales qu'entre membres d’une même espèce ; l'espèce, voilà la barrière que Diderot, en dépit des vues évolutionnistes qu’on lui attribue fréquemment, ne conçoit pas que la morale au moins puisse franchir. Mais aussi, quelles