RENE
deux se confondent à l’origine, puisqu’alors tous les efforts convergent dans la lutte contre un même ennemi et contre des périls communs, contre les obstacles identiques qui s'opposent à un dessein identique ; et, si cette unité foncière tend à se perdre dans une société qui n'a plus à faire face aux mêmes dangers, c’est la. tâche du législateur de la rendre réelle et de la rendre visible, de la ressusciter dans les faits et d’en raviver dans les âmes le sentiment.
S1 donc nous n'apercevons pas nettement l’enchaînement des idées du « philosophe », au moins en voyons-nous très bien le terme et la jonction finale :
Ne savez-vous pas, écrit-1il quelque part, que vous voulez être heureux, que les autres ont le même désir que vous; qu'il n'v a de félicité vraie pour vous que par le besoin que vous avez les uns-des autres, et que par les secours que vous espérez de vos semblables et qu'ils attendent de vous ? 1
L'idée d’espèce, définie par l'identité d'organisation, fait ainsi contre-poids à l’individualisme eudémoniste qu'exprimait tout à l'heure Diderot en disant : «chacun a son bonheur particulier ». Sur ce principe, il fonde l'existence nécessaire de relations morales entre les hommes, relations qu’exprime l’idée de justice. Mais ici encore, avec cette idée de justice, nous n'avons qu'une forme vide ; dans quelles obligations se traduit-elle ? par quelles actions définies la réaliserons-nous ? Nous ne pouvons le déterminer.
Pour résumer les résultats où nous sommes arrivés, nous emprunterons à Diderot une formule qui lui est chère :
Il n’y a qu’une seule vertu, la justice ; un seul devoir, de se rendre heureux ?.
TAINEe 0 MAROC LINDA clip 20 CE AIT 372 TE 6 RER 7420" et Fragment inédit.
Si maintenant nous voulons savoir avec précision ce que nous devons faire et éviter, comment administrer notre bonheur individuel, il nous faut faire intervenir une autre notion, la notion de loi. Après avoir dégagé le fond universel de la morale, 1l la faut montrer se diversifiant pour s'adapter au réel, qui est multiple. Mais il n’aura point été vain que nous ayons auparavant cherché et trouvé, dans la nature de l’homme, l'unité de la morale, — cette unité dont ni la métaphysique ni la religion ne peuvent rendre compte, et que, trompés parles apparences, tant d'hommes, tant de penseurs, méconnaissent 1.
Pour déterminer, pour organiser dans le détail les actions humaines, Diderot fait donc appel à la loi. A ce degré il peut dire : «La morale (la nôtre) est fondée sur la loi » ?. Or «il y a trois sortes particulières de lois : la loi de nature, la loi civile, et la loi religieuse » 3. Cette dernière loi éliminée, pour toutes les raisons que nous avons vues, — comme non fondée dans la nature humaine, comme inutile, et comme ruinant les deux autres, — :il reste qu’ «il y a deux lois et deux grands procureurs généraux : la nature et l’homme public » 4.
À la conduite individuelle, seule la loi de nature peut s’appliquer : confrontée avec l’idée du bonheur, elle va me permettre de choisir parmi les actions entre lesquelles cette dernière notion seule ne me fournissait aucun principe de sélection. |
Est-ce à dire que la Nature elle-même, que le xosuos ait par soi un caractère moral ? Nullement ; les idées de bien et de mal, rapportées au tout, perdent toute signification 5. Attribuer à
1. Par exemple Helvétius. — Diderot, Réflexions. sur le livre de l'Esprit, 270 : « Ce qui paraît avoir induit notre auteur en erreur, c’est qu'il s’en est tenu aux faits qui lui ont montré le juste ou l’injuste sous mille formes opposées, et qu'il a fermé les yeux sur la nature de l’homme, où il en aurait reconnu les fondements et l’origine ».
2. Opposée à la morale des souverains qui, à proprement parler, n’en ont pas, vivent encore dans l'état de nature (Diderot et Cath. II, p. 316).
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