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5 C1. :Neveu pie:
l'Univers une détermination morale quelconque, c’est oublier deux choses : d’abord que ce qui est nécessaire ne peut être ni bien ni mal ; puisque rien n’est bien ni mal, absolument, mais seulement par rapport à une fin donnée. Ces deux idées, sans doute dérivées de Spinoza, Diderot les mit en relief dans le très important article « Laideur » de l'Encyclopédie 1. Aïlleurs il écrira :
En vérité, je crois que Nature ne se soucie ni du bien ni du mal;
elle est toute à deux fins : la conservation de l'individu et la propagationide beéspèces?
C’est donc seulement par sa mise en relation avec la fin que je poursuis, le bonheur, que la loi de nature prend une signification morale : elle se révèle à moi et s'impose à la fois par des sanctions que je connais infaillibles. Alors une action en soi indifférente, et même bonne, puisqu'elle procure un plaisir et par suite contribue à mon bonheur, peut m'apparaître grosse de conséquences qui, tout pesé, la fassent en réalité le contraire de ce qu’elle paraît être ; — elle est à éviter. Ce n'est pas de la nature intrinsèque de l’action, mais bien de ses résultats que lui vient sa qualité morale : la sanction préexiste au devoir. Ainsi l'expérience nous montre qu’ « on ne donne impunément dans aucun excès ».
Vous faites un usage immodéré du vin et des femmes ? Vous aurez la goutte, vous deviendrez phtisique. Vos jours seront tristes et courts Ÿ.
La sanction est vraiment le seul indice que nous ayons des volontés de Nature ; celle-ci ne nous ordonne pas comme législatrice ; mais elle nous punit comme procureur général :
Il y a deux procureurs généraux, l’un à votre porte qui châtie les délits contre la Société. La nature est l’autre. Celle-ci connaît de tous les vices qui échappent aux lois. Vous vous livrez à la débauche des
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. À Mie Volland, 31 juillet 1762, XIX, 89-90. . Did. et Cath. IT, p. 316.
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femmes ; vous serez hydropique. Vous êtes crapuleux, vous serez poumonique... Le plus court est de se résigner à l'équité de ces jugements et de se dire à soi-même : c’est bien fait... 1,
Telle est la loi de nature ; nous ne pouvons savoir si elle est bonne ou si elle est mauvaise ; nous n'avons, bon gré mal gré, qu'à nous y conformer. C'est selon ces idées que Diderot dirige l’éducation morale de sa fille :
Je lui montrai l’envieux avec ses yeux creux et son visage pâle et maigre ; l'intempérant avec son estomac délabré et ses jambes goutteuses, le luxurieux avec sa poitrine asthmatique et les restes de plusieurs maladies qu'on ne guérit point, ou qu'on ne guérit qu'au détriment du reste de la machine ?.
La morale n’est que l’art du bonheur. Or, « la santé, c’est la pierre angulaire du bonheur » *. Il nous faut donc travailler à la conserver : toute action dont les suites sont fatales au bon état du corps devra être évitée comme nuisant au bonheur ; et inversement.
Ce principe du bonheur considéré comme la source de nos devoirs est si fécond qu'il s'étend jusqu'à nos moindres actions, jusqu'à la nécessité de laver ses mains et de rogner ses ongles 4.
Telle est la morale qui résulte de la mise en rapport de la loi naturelle avec l’idée de bonheur : la sanction de nature indique, et même crée, pratiquement, le devoir ; il n'y a donc d'actes coupables que ceux dont l'organisme portera la peine ; et Diderot peut dicter au maître de Jacques le Fataliste cette réflexion :
1. Neveu de Rameau, p. 113. Cf. Fragment inédit : « Il y a deux tribunaux : celui de la nature et celui des lois. L'un connaît des délits de l’homme contre ses semblables ; l’autre des délits de l’homme contre lui-même. La loi châtie les crimes ; la nature châtie les vices. La loi montre le gibet à l'assassin ; la nature montre ou l’hydropisie ou la phtisie à l’intempérant ».