Did et: Cath WI p
J'ai remarqué une chose assez singulière ; c’est qu'il n’y a guère de maxime de morale dont on ne fît un aphorisme de médecine, et réciproquement peu d’aphorismes de médecine dont on ne fit une maxime de morale !.
Toute la morale personnelle est ainsi réduite à des règles d’hygiène : hors de ces préceptes, où Kant eût refusé de voir autre chose que des «conseils de la prudence », dénués de toute valeur morale, Diderot ne pense pas que l’individu ait de devoirs envers
lui-même :
Les obligations de l’homme isolé me sont inconnues. Je n’en vois n1 l’origine n1 le terme ?.
Pour organiser son bonheur comme il le veut, l'individu en tant que tel a toute licence.
Toute licence — sauf contre la société. Car, dès lors que les actions de l’homme développent des conséquences qui dépassent la sphère étroite de sa personne, leur retentissement sur l’ensemble social doit entrer en compte dans l'appréciation qu'on en porte. On lit à l’article « Société » de l'Encyclopédie :
Nous devons travailler pour le bonheur de la Société à nous rendre maîtres de nous-mêmes ; le bonheur de la Société se réduit à ne point nous satisfaire aux dépens de la satisfaction des autres ; or les inclinations, les désirs et les goûts des hommes se trouvent continuellement opposés les uns aux autres... Je vais plus loin, et je soutiens que les vices mêmes qu'on regarde ordinairement comme ne faisant tort qu’à celui qui en est atteint sont pernicieux à la société. à
Et, comme exemple de cette sorte de vices, sont citées l'ivrognerie, l’incontinence, etc. Et quoique cet article, — et le passage notamment qu'on vient de citer, — soient textuellement pris du P. Buffier 4, nous pouvons nous assurer par ailleurs que nous avons bien là la vraie pensée de Diderot. D'abord, de tout le
Nr1#202:
Fragment inédit.