CAEN D
Neveu de Rameau, cette idée ressort qu’il n’est point légitime que l’homme vivant en société donne à ses instincts toute liberté de se déployer sans limite. Et, dans le Fragment inédit, Diderot montre clairement que la considération de l'intérêt social gouverne jusqu'aux actions qui ne semblent relever que du libre arbitre individuel. Les inclinations de notre nature, bonnes en elles-mêmes, «ont un terme, au delà duquel elles dégénèrent en vice, et ce terme est marqué par les règles invariables de la justice par essence, ou, ce qui revient au même, par l'intérêt commun des hommes réunis en société, et par l’objet constant de cette réunion » :
Est-ce pour lui-même qu’on érige en vertu le courage ? Non : c'est à cause de l’utilité dont il est pour la société. La preuve en est qu'on le punit comme vice dans l’homme qui s’en sert pour troubler l’ordre public. Pourquoi la crapule est-elle un vice ? parce que chaque citoyen est tenu de concourir à l'utilité commune, et qu'il a besoin, pour remplir cette obligation, du libre exercice de ses facultés. Pourquoi certaines actions sont-elles plus blâmables dans un magistrat ou un général que dans un particulier ? C’est qu'il en résulte de plus grands inconvénients pour la société.
Ainsi la moralité personnelle n’est qu’un moyen de la société ; et Diderot peut dire de la vertu sociale, la justice, qu’ «elle renferme tout ce qu'on se doit à soi-méme et tout ce qu’on doit aux autres »1, Tous les devoirs de l’homme se ramènent aux devoirs du citoyen : la morale de Diderot est essentiellement une
morale sociale.
Au tribunal de la philosophie et de la raison, la morale est une science, dont l’objet est la conservation et le bonheur commun de l'espèce humaine. C’est à ce double but que ses règles doivent se rapporter ; leur principe physique, constant et éternel, est dans l’homme même, dans la similitude d'organisation d’un homme à un autre ?.
C'est la même idée qu’exprime Diderot, quand il dit : «il n'y