Did et CuthTINp'sTa: 2. Fragment inédit
a qu'une seule vertu, la justice » !, qui enveloppe et comprend toutes les autres.
De cette vertu sociale par excellence, le fondement se trouve dans l'identité d'organisation de tous les membres de l'espèce. Mais comment en déterminer, en préciser la notion ? Suffit-il pour cela de faire appel à la loi positive ? ne faut-il pas au contraire lui subordonner celle-ci ? C’est la question des rapports de la justice et de la législation qui se pose ; et, dans la pensée de Diderot, 1l s’y en joint une autre, qui lui est étroitement liée, celle des rapports de la conscience individuelle et de la loi. Graves. problèmes, et qui n'intéressent pas seulement le philosophe spéculatif, car, suivant la réponse qu’on y donne, on est amené à agir de façon diverse et même opposée dans les circonstances. critiques de la vie du citoyen. Problèmes qui n’ont cessé d’exercer la réflexion de Diderot, — qu'il n'a point tranchés avec cette impétuosité « décisionnaire » dont on se plait trop souvent à doter le philosophe de notre XVIIIe siècle, sur lesquels au contraire son esprit a longuement travaillé, et, après avoir oscillé en sens. contraires, s’est arrêté enfin à une solution complexe et personnelle, par où il tente de concilier avec les possibilités du réel l'exigence de son idéal. Aussi essayerons-nous, autant que ses écrits nous le permettent, de suivre dans leur succession les démarches de sa pensée.
Dans l’Introduchon aux grands principes, écrite vers 1763, Diderot se range nettement du côté de ceux qui, avec Hobbes, admettent que la justice est postérieure à la loi, qu'elle ne se peut définir que par rapport à des lois préexistantes :
La justice, répond le prosélyte, est la fidélité à tenir les conventions établies. La justice ne peut consister en telles ou telles actions déterminées, puisque les actions auxquelles on donne le nom de justes varient selon les pays, et que ce qui est juste dans l’un, est injuste dans l’autre. La justice ne peut donc être autre chose que l’observation des lois ?.
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C’est par la fidélité aux lois, — abstraction faite de leur contenu, — que se définira la justice. À cette conception, le théologien qui critique Diderot fait l’objection que voici :
La définition que vous donnez de la justice n’est point exacte, car on peut être fidèle à des conventions très injustes. C’est mettre l'effet avant la cause, que de faire consister la justice dans l'observation des lois, puisque les lois elles-mêmes ont été faites sur la justice !,
Diderot n'hésite pas à reprendre la question à fond ; citons tout au long sa réponse :
Les hommes, avant de faire les lois, avaient-ils, en effet, des notions de justice, et est-ce sur ces notions que les lois ont été faites ? Pour résoudre cette question, examinons comment les premières lois durent être formées. C’est la propriété acquise par le travail ou par droit de premier occupant qui fit sentir le premier besoin des lois ?. Deux hommes qui semèrent chacun un champ, ou qui entourèrent un champ d’un fossé, et qui se dirent réciproquement : «Ne touche pas à mes grains ou à mes fruits, et je ne toucherai pas aux tiens », furent les premiers législateurs. Ces conventions supposent-elles en eux aucune notion de justice ? et avaient-ils besoin, pour les faire, d'autre connaissance que celle de leur intérêt commun ? Ilne paraît pas. Comment donc acquirent-ils les idées du juste et de l’injuste ? Elles se formèrent dans leur esprit, de l'observation et de l’inobservation des conventions. L'une fut désignée par le nom de justice ; l’autre par celui d’injustice ; et les actes de ces deux relations opposées s’appelèrent justes et injustes. J'insiste donc, et je dis que la justice ne peut être autre chose que l'observation des lois ÿ.
Ainsi, pour Diderot, à cette date, la justice dérive de la loi positive, mais la loi elle-même est fondée sur la connaissance de «l'intérêt commun » des contractants .— Ces deux notions, qui sont, l’une, antérieure, l’autre, postérieure à-la loi, nous allons voir le « philosophe » les remanier pour aboutir à une conception
TATLAOS
2. Diderot ne se prononce pas ici entre ces deux explications de l’origine de la propriété; nous verrons que c’est la première qu'il adopte. Cf. CHWPFT DZ101etn:
plus large et plus compréhensive de la justice : elle ne sera plus seulement une conséquence de la loi établie, et consistant uniquement à l’observer ; elle lui sera aussi antérieure, identifiée alors avec l’idée de l'intérêt général.
Diderot revient à ce sujet dans l’article « Juste, injuste » de l'Encyclopédie 1, inséré au tome IX, qui paraît en 1765. Sor exposé, alourdi par une discussion des théories de Pufendor: et de Grotius, manque un peu de netteté, et on éprouve quelque peine à démêler les idées qu'enveloppe une forme un peu scolastique et confuse ?. Après avoir marqué certaines distinctions entre le juste et l’équitable, Diderot s'exprime ainsi :
S1 l’on entend par le juste et l’injuste les qualités morales des actions qui lui servent de fondement, la convenance des choses, les lois naturelles, sans contredit toutes ces idées sont fort antérieures à la loi, puisque la loi bâtit sur elles et ne saurait leur contredire ; mais si vous prenez le juste et l’injuste pour l'obligation parfaite (c’est-à-dire accompagnée de contrainte) et positive de régler votre conduite et de déterminer vos actions suivant ces principes, cette obligation est postérieure à la promulgation de la loi, et ne saurait exister qu'après la loi.
Ainsi la qualité morale de l’action est indépendante de la loi positive et fondée uniquement sur la nature de l’être de qui elle émane :
Concluons donc qu’une action qui convient ou qui ne convient pas à la nature de l’être qui la produit, est moralement bonne ou mauvaise, non parce qu’elle est conforme au contraire à la loi, mais parce qu'elle s’accorde avec l'essence de l’être qui la produit ou qu'elle y répugne : ensuite de quoi la loi survenant, et bâtissant sur les fondements posés par la nature, rend juste ce qu’elle ordonne ou permet, et injuste ce qu'elle défend.
Nous trouvons ici une pensée qui, en précision, en netteté, est bien inférieure à ce que nous offrait le morceau précédent :