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2. Peut-être y a-t-il à cet article une source que je n'ai pu découvrir.
aussi inclinerait-on volontiers à croire que ce morceau est d’une époque antérieure à l’Introduchon aux grands principes, bien qu'il ait vu le jour environ deux ans plus tard !. A coup sûr, il serait facile d'interpréter ce que dit là Diderot au moyen de ce que noùs connaissons par ailleurs de ses idées ; mais si nous nous en tenons à ce texte, on voit que, au lieu de nous montrer dans l’idée d’ « intérêt général » la source d’où doivent en principe sortir toutes les lois positives, Diderot les dérive de ces notions infiniment plus vagues : «la convenance des choses, les lois naturelles » ou encore la conformité avec « la nature de l’être », avec «l'essence de l’être » qui en est le sujet. Retenons toutefois cette idée en harmonie avec celles que Diderot a précédemment exprimées : c'est la loi seule qui rend les actions Justes ou injustes. Dans le Salon de 1767 ?, Diderot reprend la même question, de façon moins abstraite. Dans l'examen qu'il en fait, il ne se fonde pas tant sur des raisons théoriques que sur des motifs d'ordre pratique ; et sa discussion en prend un caractère plus concret et plus vivant. Il n’a pas, à cette heure, de doctrine arrêtée ; aussi choisit-il, pour exprimer ses idées, la forme d'un dialogue imaginaire, où l'abondance des points suspensifs marque les retours d’une pensée à laquelle il est impossible encore de se fixer.
Diderot feint une conversation sur ce sujet : « Qu'est-ce que la vertu ? » Et-c'est dire pour lui, qu'est-ce que la vertu sociale, qu'est-ce que la justice au sens subjectif ? Deux avis se font jour : «les uns prétendant que la vertu était l'habitude de conformer sa conduite à la loi ; les autres que c'était l'habitude de
1. On serait confirmé dans cette opinion par les passages suivants de Lettres à Me Volland : « Mes articles de philosophie sont tous faits ; ce ne sont ni les moins difficiles ni les plus courts, et la plupart des autres sont ébauchés » (11 oct. 1759). — « D'un assez grand nombre de morceaux de philosophie, il ne m'en reste que trois à faire, mais longs et difficiles : c’est l'examen du platonisme et du pythagorisme, avec l’histoire de la philosophie chez les Etrusques et les Romains » (1er nov. 1759). — Un doute subsiste, car on voit que ce que Diderot appelle articles de philosophie, dans le second passage, ce sont ses articles d’histoire de la philosophie.
RP) ATE LESC
conformer sa conduite à l'utilité publique » !. D'un point de vue purement idéal, la question ne se poserait pas ; la loi devant manifester, codifier les exigences de l'intérêt général, peu importerait qu'on se conformât à la notion elle-même d'intérêt général ou aux prescriptions de la loi qui en serait l’expression ; dans les deux cas, les conséquences pour la conduite seraient identiques :
Nos philosophes auraient été d'accord sur leur définition de la vertu, si la loi était toujours l'organe de l’utilité publique ; mais il s’en manquait beaucoup que cela fût ?.
Aussi peut-il sembler plus rationnel de définir la vertu par la conformité des actions à l'utilité publique. Mais, dans la pratique, deux difficultés surgissent. D'abord, cette notion, si difficile déjà à déterminer pour le philosophe, le sera sans nul doute encore plus pour le commun des hommes : « l'ignorance et l'intérêt qui obscurcissent tout dans les têtes humaines, montreront l'intérêt général où il n’est pas »?. Puis, c’est toute la morale sociale abandonnée à l'arbitraire de chacun, et donc détruite : ainsi tout à l'heure, — et cette fois avec l'agrément de Diderot, — nous avons vu la conduite individuelle dirigée uniquement par l’idée personnelle que chacun se fait du bonheur :
Le peuple. n’aura point de mœurs ; car il n’y a de mœurs que là où toutes les lois, bonnes ou mauvaises, sont sacrées : car c’est là seule- : ment que la conduite générale est uniforme f.
Les fondements même de la vie sociale seront ébranlés : « si chacun s’institue juge compétent de la conformité de la loi avec l'utilité publique, l’effrénée liberté d'examiner, d'observer et de
fouler aux pieds les mauvaises lois, conduira bientôt à l'examen,
au mépris et à l'infraction des bonnes » 5.
PART IT PAIZ2I 2 NUE . Ibid.
D'autre part, si la justice est de se soumettre à la loi, quel que soit le jugement que nous en portons, «il était dur d’assujettir des hommes sensés par le respect pour une mauvaise loi, mais bien évidemment mauvaise, à l’autoriser de leur exemple, et à se souiller d'actions contre lesquelles leur âme et leur conscience se révolteraient » À.
Que faire donc ? Mettre au-dessus de tout l'intérêt de Ia société.
S'il faut opter, dira Diderot, être méchant homme ou bon citoyen, puisque je suis membre d’une société, je serai bon citoyen si je puis. Mes bonnes actions seront à moi; c’est à la loi de répondre des mauvaises.
Et pourtant il envie le sort de Socrate, qui refuse d’obéir à .une loi qui lui apparaît funeste, et qui préfère mourir plutôt que de s’y soumettre. Mais la condnite d’Aristippe n'est-elle pas plus vraiment raisonnable ? Il se soumet à la loi, quelle qu’elle soit, « de peur qu’en discutant, de son autorité privée, les mauvaises lois, 1/ n’encourage par son exemple la multitude insensée à discuter les bonnes ?. »
Les réflexions du philosophe s’achèvent dans l’indécision :
Je quittai cette question, je la reprenais pour la quitter encore. — Et je demeurais absorbé dans diverses spéculations entre lesquelles mon esprit était balancé, sans trouver d’ancre qui me fixât ?.
Mais s'il ne conclut pas encore, on peut déjà voir poindre, dans la distinction qu'il ébauche entre les « hommes sensés » et la « multitude insensée », — l’élément essentiel de la solution où il s'arrêtera bientôt.
Quelques années plus tard, l'apparition de l'Homme d’'Helvétius conduit Diderot à étudier une fois encore la question ; mais,
au lieu de la traiter ici de façon logique, il la prend historique-
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