Même exemple et même conclusion : II, 387 ; II
que par sa fuite il s’accuse lui-même d’injustice, tandis que le spolié, par sa colère et sa poursuite, lui fait le même reproche. Les lois ne donnent pas les notions de justice, il me semble qu'elles les supposent !.
Cette affirmation, ou plutôt cette suggestion, Diderot l’appuie sur deux raisons. Même dans l’état de « force », l'oppresseur devait avoir conscience de l'injustice de l'oppression :
Je consens que le fort opprime le faible, lorsqu'il n’est retenu par aucune crainte. Ce que j'ai peine à concevoir, c’est qu'il n'ait ni la conscience de son injustice, ni le remords de son action, c'est qu'il soit sincèrement persuadé qu'il use d’un droit légitime, et qu'il serait un sot de n’en pas user 2.
En effet, Diderot admet (Helvétius aussi d’ailleurs) que si, dans la définition de l’homme, le genre prochain est l’animal, la différence spécifique est que cet animal a une raison :
Fut-il un temps où l’homme put être confondu avec la bête ? Je ne le pense pas ; il fut toujours un homme, c’est-à-dire un animal combinant des idées à.
Et dès lors, « quelles idées combine-t-il, si ce n’est celles de son repos, de son bonheur, de sa sécurité, idées très voisines de la notion de justice ? Utilitas justi probe mater et æœqui » *. Peutêtre le sauvage est-il incapable d’énoncer clairement ce qu'il conçoit bien ; mais il n’a pas moins en lui l’idée de la justice avant d'en produire et d’en tenir dans les lois la réalisation objective :
Le sauvage n’a point de mots pour désigner le juste et l’injuste ; il crie, mais son cri est-il vide de sens ? n’est-ce que le cri de l’animal ® ?
À cette raison a priori tirée de ce qu'on peut se figurer de la nature originelle de l’homme, Diderot ajoute une raison a poste-
Had?