AVION
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Voilà un prudenter qui, abandonnant à chaque particulier le jugement des lois nouvelles, était capable de causer bien des troubles.
On ne saurait nier que dans une telle conception il n’y ait une tendance aristocratique. Ne va-t-elle pas à créer un privilège au profit des « hommes éclairés », des « sages », qui sont maîtres de gouverner leur conduite de la façon qui leur paraît à eux-mêmes la plus juste ? Mais cette tendance est limitée et corrigée par d’autres. D'abord ce privilège des lumières ne leur crée pas un droit sur les autres hommes, moins heureux ou moins avancés : Diderot rejette énergiquement — et à diverses reprises — le despotisme éclairé !, D'autre part, il aboutit en somme à soumettre le sage aux mêmes conditions que le commun des sujets ; rappelons ses paroles dans le Supplément au Voyage de Bougarnuville :
Nous parlerons contre les lois insensées jusqu’à ce qu'on les réforme, et en attendant nous nous y soumettrons. Celui qui de son autorité privée enfreint une mauvaise loi, autorise tout autre à enfreindre les bonnes. Il y a moins d’inconvénients à être fou avec les fous qu'à être sage tout seul ?.
Par là nous sauvegarderons cette uniformité de conduite sans laquelle il n’est point de « mœurs » dans une société, car « par mœurs (Diderot) entend une soumission générale et une conduite conséquente à des lois bonnes ou mauvaises » ÿ. Le sage devra se séparer, pour penser, de la foule, et s’y confondre pour agir.
Mais, en dépit de ce conservatisme ou plutôt de ce «conformisme » pratique, Diderot n’abdique pas son droit de critiquer les législations existantes et de concevoir une législation idéale, de laquelle nos efforts doivent tendre à nous rapprocher.
La société est une association destinée à procurer le bonheur de ceux qui la forment ; aussi la justice, qui règle les relations de