Réfut. de l'Homme, II
4. Ci. encore XIX, 448 ; passage cité dans l’Introduction, p. xt.
Essayons cependant de relever dans ses œuvres ces « données » éparses qu'il n’a pas voulu rassembler en un corps; voyons quelles raisons il a de croire à l’unité du bonheur et de la VeITU:
Sans doute parmi ces raisons il en est que la raison ne connaît point : peut-être sont-ce des motifs sentimentaux plus que des preuves démonstratives qui inclinent Diderot à cette croyance ; peut-être est-elle, avant toute autre chose, un besoin du cœur : il veut croire ainsi parce qu'il aime la vertu, et qu’il ne consent pas que cette vertu soit une duperie : « Eh ! que serait la morale, s’il en était autrement ? Que serait la vertu ? On serait insensé de la suivre, si elle nous éloignait de la route du bonheur, et il faudrait étouffer dans nos cœurs l’amour qu’elle nous inspire pour elle, comme le penchant le plus funeste. Cela est affreux à penser. Non, le chemin du bonheur est le chemin même de la vertu... 1 » Mais ces raisons du cœur, Diderot veut les transformer en raisons intellectuelles, démontrer cet optimisme qu’il postule, et pour cela 1l recourt à l'observation des hommes et à son sentiment intérieur. |
Il interroge d’abord l’histoire : « J'ai défié le baron (d'Holbach) de me trouver dans l'histoire un scélérat, si parfaitement heureux qu'il ait été, dont la vie ne m'offrit les plus fortes présomptions d’un malheur proportionné à sa méchanceté ; et un homme de bien, si parfaitement malheureux qu'il ait été, dont la vie ne m'offrît les plus fortes présomptions d’un bonheur proportionné à sa bonté » ?, Et dans le Fils naturel *, comme Clairville demande : « Croyez-vous qu’à l’heure que je vous parle, il y ait un seul honnête homme heureux sur la terre ? », Dorval de répartir : « Vous voulez dire un seul méchant ! »
Pourtant une objection vient tout de suite à l'esprit, et le Neveu de Rameau ne manque pas de la présenter à Diderot :