QU R À À H
J'aimerais, dit le maître du clavecin, j'aimerais un raisonneur bien ferme qui me démontrât qu'à tout prendre, pour être heureux dans ce monde, le moyen le plus sûr, c'est d’être vertueux.
A quoi l'élève réplique :
On ne démontre que ce qui est vrai, et qui vous a dit que cela l'était ?
— Votre cœur, mon expérience, celle d’une infinité d’autres, qui ont fait le bien et peu parlé !.
Ne voyons-nous point qu’ «1l n’y a pas de méchant qui n'ait désiré d’être bon, et que le bonnedésira jamais d’être méchant ? » ? Ne voyons-nous pas des hommes qui, à un faste pervers, ont préféré une vertu obscure et pauvre ?
Il n’y a point de peuple si généralement corrompu qu’on n’y puisse trouver quelques hommes vertueux ; parmi ces hommes vertueux, il n y en a peut-être pas un seul qui ne fût parvenu aux honneurs et à la richesse par le sacrifice de sa vertu. Je voudrais bien savoir par quelle bizarrerie ils s'y sont refusés, quel motif ils ont eu de préférer une probité indigente et obscure au vice opulent et décoré *.
Jacques le Fataliste, ayant un jour dix-huit livres en poche pour toute fortune, et malade encore, a donné là-dessus deux gros écus à une malheureuse qu'il rencontrait. Quelle folie ! dira la fausse sagesse du vulgaire. Mais son maître, plus clairvoyant, sait que d’avoir accompli, par esprit de sacrifice, cette simple action, met en Jacques une satisfaction et une fierté qui compensent toutes les souffrances du monde ; c'est pourquoi il le nomme heureux : LES
C'est l'oubli de ton propre besoin, — lui dit-il, — qui fait le principal mérite de ton action. J'en vois les suites ; … mais quand tu devrais mourir... Sur un fumier, sur ce fumier tu serais satisfait de ÉOIIS
. Leçons de clavecin, XII, 316.
. Claude et Néron, III, 172: Cf. Did. et Cath. II, p. 242. . Réfut. de l'Homme, II, 425.
SANILRO