Barbier de Séville, XII
parer au déboisement ? Assurément, mais on ne fait rien pour ela.
I] me semble, écrit Diderot, que les vues que je propose sont utiles, mais j'avoue qu’elles ont un grand défaut, celui de regarder plutôt l'intérêt de nos neveux que le nôtre, et nous vivons dans un siècle philosophique où l’on fait tout pour soi let rien pour la postérité ?.
Ailleurs il exhale des plaintes analogues :
On devient (à cette époque) sage et plat ; on fait l’éloge du présent ; on rapporte tout au petit moment de son existence et de sa durée ; le sentiment de l’immortalité, le respect de la postérité sont des mots vides de sens qui font sourire de pitié ; on veut jouir, après soi le déluge *,
Funeste état d'esprit !
Après moi le déluge ! c'est un proverbe qui n’a été fait que par des âmes petites, mesquines et personnelles. La nation la plus vile et la plus méprisable serait celle où chacun la prendrait étroitement pour la règle de sa conduite *
Combien en est-il, malheureusement, de ces âmes toutes repliées sur soi, et qui ne peuvent sortir de la sphère étroire de leur moi ! Ainsi Falconet, à qui Diderot écrit :
Je ne vous dis rien ni de l'honneur ni du bonheur de l'espèce humaine : avec vos idées, on n’est rien moins que cosmopolite ÿ.
Et pourtant, être composolite, se faire concitoyen de tout homme qui vit et même de tout homme qui vivra, voilà le chefd'œuvre de l’humaine vertu !
Mais, Diderot ne pouvant ici s'appuyer à l'intérêt bien entendu,
1. Cf. Neveu de Rameau, p. 10, le neveu : « C’est un philosophe dans son espèce. Il ne pense qu’à lui ; le reste de l'univers lui est comme d’un clou à soufflet. »
2, Enc, art: Bois, XIII, 1485.
Le Salon de 1767, XIV 4sT.