‹ Les idées morales de DiderotChapitre 14 sur 234 · INTRODUCTION XV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XV

plupart des critiques : Damiron !, Barni?, Bersot $, M. Séet, M. Ducros enfin, qu'il y a deux philosophies de Diderot, indépendantes, voire hétérogènes ; d’une part sa vraie pensée, de l’autre, « sa philosophie avouée, celle qu'il débitait, par exemple, en tirades emphatiques aux lecteurs de l'Encyclopédie, — cette philosophie... trop prudente, tranchons le mot, ... trop menteuse pour nous intéresser » 5. Ou bien devons-nous croire, avec Brunetière Ÿ, « qu'il n’y a pas deux Diderot, l’un pensant pour les hbraires associés, l’autre pour son compte personnel ? » Le problème est mal posé si on le formule avec cette généralité ; — encore qu'à tout prendre, la seconde opinion soit probablement la plus proche du vrai. Ce sont des questions d’espèce qui chacune nécessitent un travail de critique nouveau. Il y a d’abord certains cas où aucun doute ne saurait exister, certains passages qu'a évidemment inspirés la prudence, mère de la sécurité : une prudence qu'il serait puéril et injuste de blâmer, si seulement on se figure les dangers et les tracasseries que devait éviter Diderot. — D'autres fois, on constate que Diderot s’est contenté de transcrire mot pour mot un quelconque traité de morale ou de politique ?: faut-il voir là l'emprunt du compilateur que le temps presse, ou bien serait-ce que, comme Montaigne, 1l a tout bonnement recopié ces pages parce qu'il y trouvait sa pensée exprimée au mieux ? — Nous avons cru devoir adopter cette règle absolue de n’accepter comme reflétant les idées de Diderot que les passages dont il était possible de trouver un écho dans le reste de son œuvre, c’est-à-dire non pas même ceux qui pouvaient se rattacher logiquement à ce qu’il écrit ailleurs, mais ceux-là seulement qui présentent des analogies, portant sur le fond de

1. Mémoires pour servir à l’histoire de la philosophe au XVITIe siècle,

PPSA SIA 2. Histoire des idées politiques et morales en France au XVIIT siècle, tome!IlT p.347.

. Etudes sur le XVIII siècle, IT, 287.

. Revue historique, tome LXV, sept. 1897, p. 48. . Diderot, p. 320.

. Histoire de la litiér. classique, tome III, p. 370. . Voir plus loin des exemples de ce procédé, ch. VIII, p. 230.

Page 1