‹ Les idées morales de DiderotChapitre 15 sur 234 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

la pensée et même sur l'expression. — Enfin il est des articles d'Histoire de la philosophie où — se bornant à transcrire un auteur qu'il a sous les yeux, généralement Brucker, — Diderot semble abdiquer toute personnalité. Or, en comparant le latin de Brucker au français de Diderot, on s'aperçoit qu’au beau milieu de son exposé, le philosophe de Langres fausse compagnie au compilateur allemand, et lance une réflexion de son cru, voire une tirade entière, qu'il attribue libéralement à Épicure ou à tel autre. Nous sommes en droit dès lors de relever ces passages, de les porter à son actif, et d’en tirer parti, s’il se peut.

Mais ce n’est encore que la difficulté la plus grosse et non peutêtre la plus délicate à résoudre. Quelle valeur relative accorder aux différentes manifestations de sa pensée ? Une phrase de lettre familière, écrite sous le coup d’une émotion, mérite-t-elle même attention qu'un développement réfléchi, mûri, rédigé avec apaisement ? Une idée qui semble intervenir comme une intruse à une place où elle n’a que faire, sans autre raison apparente que le bon plaisir de l’auteur, sans lien, qu'on puisse découvrir, avec la démonstration ou le récit, doit-elle être écartée comme boutade sans importance, ou au contraire faut-il y voir une pensée tellement familière et comme essentielle à son esprit qu'il ne puisse s’en libérer qu'en l’exprimant ? On ne peut décider que d’après des indices variables chaque fois ; nous avons du moins posé en principe que ces idées seules appartiennent réellement à Diderot, qu'il a répétées à plusieurs reprises. — Et encore, dans le dialogue, — cette forme d'exposition qui semble comme le procédé naturel de son esprit, — qu'est-ce qui est vraiment à lui, qu'est-ce qu'il prête à son personnage, et auquel des interlocuteurs confia-t-il ses secrètes pensées ? La question n'est pas sans gravité ; on a soutenu par exemple qu’en plus d'un cas le neveu de Rameau était le porte-voix en quelque sorte officiel du « philosophe » :

Pour le bien comprendre, là où le texte dit : Le Neveu de Rameau, c'est bien souvent Diderot qu’il faut lire, et là où il a écrit : Moi, il faut entendre un auditeur quelconque qui n’est là que pour lui

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