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L'idée présente que j'ai du jugement favorable de la postérité est du comptant, püisque j'en jouis et que je suis heureux {.
Si même l’objet est hypothétique, voire chimérique, le sentiment que j'en ai est bien actuel et bien réel ; aussi ce motif est-il puissant sur l’esprit des hommes :
Parmi tant d'idées superstitieuses dont on a entêté les hommes, je suis toujours surpris qu'on ne leur ait pas persuadé qu'ils entendraient sans cesse sous la tombe le jugement qu'ils auraient mérité : l'homme de bien, la voix de la louange et du regret ; le méchant, la voix de l’anathème et de l’exécration ?.
Cette voix de la postérité, écoutons-la qui à l’avance retentit en nous ; répétant notre nom « qui s'en va d'âge en âge, accompagné d’acclamations, de bénédictions et de transports d’admiration » %, elle nous portera, cette voix, aux belles actions désintéressées.
Nous entendons en nous-mêmes l'éloge qu'ils (les hommes) feront un jour de nous, et nous nous immolons. Nous sacrifions notre vie, nous cessons d'exister réellement pour vivre en leur souvenir ; si l'immortalité considérée sous cet aspect est une chimère, c’est la chimère des grandes âmes 4.
C’est cette noble pensée qui soutint les artisans de l’Encyclopédie parmi les déboires que leur apportait le grand œuvre :
Nous nous sommes sentis ranimés par cette idée si consolante et si douce, qu'on s’entretiendrait aussi de nous lorsque nous ne serions plus ; par ce murmure si voluptueux, qui nous faisait entendre, de la bouche de quelques-uns de nos contemporains, ce que diraient de nous des hommes à l'instruction et au bonheur ® desquels nous nous
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2. À Falconet, janv. 1766, XVIII, 80. Cf. Enc., art. Amenthès, XIII, 285-6 ; art. Immortalité, XV, 185.
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