‹ Les idées morales de DiderotChapitre 144 sur 234 · Diderot et Cath. IT, p. 314, et ailleurs · texte numérisé non relu

Diderot et Cath. IT, p. 314, et ailleurs

CHAPTEREMNAI

L'homme est-il bon naturellement ? Y a-t-1l en lui un penchant qui le porte à l'exercice de la vertu ? Peut-on le diriger vers la pratique du bien, — le corriger s’il est méchant, l'améliorer s'il est médiocre, le perfectionner s’il est bon ? Et par quels moyens faire son éducation ?

Toutes questions du premier intérêt pour le « philosophe », si la morale n’est point chose théorique, une construction de l'esprit ; s’il est vrai qu'elle n’a de valeur et même de raison d’être qu’à condition de se réaliser dans la conduite des hommes.

La nature humaine est-elle bonne ou mauvaise ?

Diderot n’a pas toujours fait à cette question la même réponse. Presque toutes ses déclarations, au début de sa carrière, sont , pour la « bonté » de l’homme. Dans un passage curieux du Discours de la poésie dramatique (1758), il affirme de la façon la plus absolue que notre nature est bonne, et on l’y voit, pour justifier son opinion, confondre deux sens de ce mot « nature » que l’on a toujours distingués :

La nature humaine est donc bonne ? Oui, mon ami, et très bonne. L'eau, l'air, la terre, le feu, tout est bon dans la nature ; et l'ouragan, . qui s'élève sur la fin de l’automne, secoue les forêts et, frappant les arbres les uns contre les autres, en brise et sépare les branches mortes : et la tempête, qui bat les eaux de la mer et les purifie ; et le volcan, qui verse de son flanc entr'ouvert des flots de matières embrasées, et porte dans l'air la vapeur qui le nettoie. Ce sont les misérables

conventions qui pervertissent l’homme, et non la nature humaine, qu'il faut accuser … 1

Et Dorval, faisant écho au « philosophe », « demeure convaincu que les hommes de bien sont plus réellement hommes de bien que les méchants ne sont vraiment méchants ; que la bonté nous est plus indivisiblement attachée que la méchanceté, et qu’en général 1l reste plus de bonté dans l’âme d’un méchant, que de méchanceté dans l'âme des bons » ?, Les Lettres à Mle Volland nous représentent souvent Diderot, au Grandval, prenant contre d'Holbach la défense de la nature humaine, s'appuyant même pour cela sur la considération du remords, ce sentiment dont pourtant nous l’avons vu montrer la vanité et l'illusion :

Il semble que si les hommes étaient naturellement méchants, c’est de la vertu et non du vice qu'ils devraient avoir des remords ; or, c’est du vice seulement qu’ils ont des remords ; donc ils ne sont pas naturellement méchants ?.

Cette bonté originelle de l’homme, — non pas du sauvage, du primitif hypothétique et idéal, mais de l’homme de nos jours tel qu’il sort des « mains de la nature », — elle est encore comme le

postulat de sa théorie du drame moralisateur, qui doit réveiller chez les pervers la bonté qui sommeille, et faire que «le méchant s'irrite contre des injustices qu'il aurait commises, compatit à des maux qu’il aurait occasionnés, et s’indigne contre un homme de son propre caractère » 4 Et Diderot de répéter en maint endroit qu'il y a en nous un «goût de l’ordre plus ancien que tout sentiment réfléchi » 5, et qui est comme le fonds de notre nature morale.

Cette croyance d’ailleurs n’est pas purement rationnelle ; elle est moins l'effet d’une adhésion réfléchie de l'intelligence que

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Second Entretien... VII, 127-8.

Enc., art. Conséquent, XIV, 200.

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