‹ Les idées morales de DiderotChapitre 147 sur 234 · juillet 1778 (Tome XII, p · texte numérisé non relu

juillet 1778 (Tome XII, p

3. XIX, 449. — La lettre n’est pas datée. Brière et M. Tourneux à sa suite la placent en 1757 ; mais il semble que les mots « je n’ai point lu son dernier ouvrage : on m'a dit qu’il s’y montrait religieux », ne peuvent s'appliquer qu’à la Lettre à d'Alembert, qui est de 1758. Il faudrait donc reporter à 1758 la date de la lettre.

dans le fond d’une forêt où son cœur s’est aigri, où ses mœurs se sont perverlies.

Phrase singulière d’où l’on peut inférer à la fois que les hommes vivant en société sont corrompus (par la mauvaise législation sans doute) — et que la solitude pervertit celui qui s’y réfugie ; c'est que Diderot y exprime, non pas une idée consistante, mûrie par la réflexion, mais sa douleur encore fraîche de la rupture avec Rousseau.

Et, après avoir lu l'Histoire Umiverselle de Voltaire, — dans un exemplaire des Œuvres complètes que l’auteur même lui fit tenir —, il lui écrit :

Il me semble que ce n’est que depuis que je vous ai lu que je sache que de tous les temps le nombre des méchants a été le plus grand et le plus fort ; celui des gens de bien, petit et persécuté ; que c'est une loi générale à laquelle il faut se soumettre ; qu'il est rare qu'un être passionné, quelque heureusement qu'il soit né, ne fasse pas beaucoup de mal quand il peut tout ; que la nature humaine est perverse. 1

Ici encore, c’est comme une brusque déchirure qui s’est faite dans son rêve optimiste : — le despotisme brutal et méchant, l’oppression des faibles, les méfaits de la guerre et du fanatisme, toutes ces tristesses de l’histoire humaine évoquées par l’Essar sur les Mœurs ont ému profondément Diderot, au point d’ébranler pour quelque temps la croyance qui lui est chère : c’est ce moment de détresse intellectuelle qui se révèle là à nous ?

Mais quand Diderot observe les choses avec impartialité et

Page 1