INTRODUCTION XVII
permettre de reprendre haleine, et pour raviver sa verve par de vertueuses objections f,
Conception qui paraît erronée et dont on pourrait essayer de prouver la fausseté en comparant aux propos des deux causeurs des passages précis d'ouvrages de Diderot, non pas même d’ouvrages « exotériques », comme l'Encyclopédie ou l’Essar sur le mérite, mais d'ouvrages qui ne furent publiés qu'après sa mort. On trouvera dans ce qui suit quelques éléments pour cette démonstration, que nous ne pouvions évidemment tenter ici tout entière. — Mais ce seul exemple suffit à montrer combien l’appréciation est délicate ; combien aussi une erreur modifierait l’image que nous nous ferons de la pensée du « philosophe ».
Outre ces difficultés qui surgissent de l’œuvre même qu'on étudie, — et qu'on ne peut s’efforcer d'éviter qu'en usant de la prudence la plus circonspecte, 1l en est d’autres qui viennent du travail d'interprétation. Il est souvent assez malaisé de marquer le rapport exact que soutiennent entre elles les.idées de Diderot : il faut, pour le dégager, procéder à un double travail, et simultané, d'analyse et de synthèse, démêler les idées diverses qui se présentent dans un enchevêtrement confus, et les rattacher ensuite aux principes qui ne sont énoncés que comme par accident. Puis la tentation est fréquente d'attribuer à l’auteur des conséquences qui se déduisent normalement de ses principes, mais que lui-même peut-être eût refusé d’avouer : elle est d'autant plus inévitable avec Diderot que, ses idées ne nous parvenant que dispersées, on est porté à les rattacher les unes aux autres par un lien factice, dissimulant ainsi les lacunes et les crevasses qui y étaient peut-être réellement. Diderot lui-même a ignoré ce scrupule : exposant la doctrine d’Épicure, il annonce franchement son intention « de jeter entre ses principes quelques-unes des conséquences les plus immédiates qu'on en peut déduire »2. Mais, dans l'Encyclopédie, œuvre de propagande