‹ Les idées morales de DiderotChapitre 150 sur 234 · IV · texte numérisé non relu

IV

cœur de tout être vivant ? Quand une mère nous donne le jour, n’en recevons-nous pas l'amour de la vie, et l'horreur de notre destruction 1! ?

Mais s’il habitait seul le cœur de l’homme, ce sentiment aboutirait à l’égoïsme qui ne considère que soi : — tel serait l'effet vraisemblable et d’ailleurs légitime d’un état de nature hypothétique où l’homme vivrait isolé, sans relation avec d’autres hommes ses semblables ; — il tend d’ailleurs à approcher de cette forme extrême et exclusive chez les peuples moins évolués où le lien social est assez lâche ; c’est ce que Diderot a remarqué en Russie par exemple :

Il m'a semblé, dit-il, que la personnalité, qualité sauvage, entrait un peu dans le caractère national. Le sauvage n'est m1 père, ni époux, ni frère. Il est lui, il est l’enfant de la nature ?.

Mais dans l’état réel, actuel, de société, l’amour-propre — nom collectif qui enveloppe toutes les tendances « égocentriques » de l’homme, — tire sa qualité morale des effets sociaux qui en découlent ; il ne saurait être absolument recommandé en luimême :

L'amour-propre ou le désir continu du bien-être, l'attachement à notre être, est un effet nécessaire de notre constitution, de notre instinct, de nos sensations, de nos réflexions, un principe qui, tendant à notre conservation, et répondant aux vues de la nature, serait plutôt vertueux que vicieux dans l’état de nature. Mais l’homme né en société, reçoit des avantages qu'il doit payer par des services ; l’homme a des devoirs à remplir, des lois à suivre, l’amour-propre des autres êtres à ménager. Son amour-propre est alors juste ou injuste, vertueux ou vicieux, et, selon les différentes qualités, il prend différentes dénominations 0e ;

De même les passions sociales. Elles sont aussi naturelles :

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