‹ Les idées morales de DiderotChapitre 151 sur 234 · Claude et Néron, III · texte numérisé non relu

Claude et Néron, III

2aDiliel Cat p E7S, SLÉNC ATEN INTÉ EAN 2207230

L'homme est né pour la société ; séparez-le, isolez-le, ses idées se désunissent, son caractère se tournera, mille affections ridicules s’élèveront dans son cœur, des pensées extravagantes germeront dans son esprit, comme les ronces dans une terre sauvage 1,

C'est ainsi que le « père de famille » dit à sa fille Cécile qui voudrait entrer au couvent :

La nature, en vous accordant les qualités sociales, ne vous destine point à l’inutilité.… ?

Keconnaissons donc qu'il y a dans l’homme normal «un sentiment de bienfaisance qui embrasse l'espèce humaine en général, sentiment qui n'est n1 faux n1 chimérique » à.

Toutefois, si les sentiments sociaux sont aussi essentiels à notre nature que les autres, 1l semble bien pourtant qu'ils soient plus faciles à offusquer que ceux qui ont leur objet dans l’individu. Voici en effet ce que Diderot écrit à l’article Znsensibilité :

Elle ne peut occuper tout entier le cœur de l’homme, puisqu'il est essentiel à un être animé d’avoir du sentiment ; mais elle peut en saisir quelques endroits, et ce sont ordinairement ceux qui regardent la société : car, pour ce qui nous touche personnellement, nous conservons toujours notre sensibilité, et même elle s’augmente de tout ce que perd celle que nous devions avoir pour les autres *,

Ces passions sociales sont-elles bonnes par soi et à n'importe quel degré ? Non certes, et elles doivent, elles aussi, être réglées conformément au bien général, exprimé dans la notion de justice : si on ne les rapporte pas à ce but dernier, les sentiments sociaux les meilleurs en apparence, les plus dignes d’être encouragés par le moraliste, auront de funestes conséquences : Diderot écrit dans le Fragment inédit :

Beaucoup d'écrivains ont cherché les premiers principes de la morale dans les sentiments d'amitié, de tendresse, de compassion, d'honneur,

La Religieuse, V, 119.

Page 1