‹ Les idées morales de DiderotChapitre 153 sur 234 · Fragment inédit · texte numérisé non relu

Fragment inédit

sont ou des vices ou des vertus » ! Comment seraient-elles des vices, quand on songe que toutes dérivent de notre désir d’être, et d’être heureux ?

Il n'y a qu'une passion, celle d’être heureux. Elle prend différents noms, selon les objets, elle est vice et vertu, selon sa violence, ses moyens et ses effets ?.

N'essayons donc pas de détruire les passions ; vains efforts | Ce serait vouloir ne plus agir et ne plus être. Car, dira Diderot, « je ne conçois pas comment un être sensible peut agir sans passions » Ÿ. De quelque nom qu'on les appelle, toutes n’ont qu’une VOIX :

Que nous dit cette voix ? de nous rendre heureux. Doit-on et peuton lui résister ? Non, l’homme le plus vertueux, et le plus corrompu, lui obéissent également. Il est vrai qu’elle leur parle un langage bien

différent ; mais, que tous les hommes soient éclairés, et elle leur parlera à tous le langage de la vertu 4.

Dans ce passage, — où se trouve encore affirmée implicitement l’étroite union du bonheur et de vertu, la possibilité de réaliser le bonheur par la vertu, — nous voyons comment un élément intellectuel s’introduit dans la morale de Diderot. Car si le « philosophe » fait la plus grande place au sentiment, s'il considère les passions comme le moteur de toute notre activité, le ressort indispensable de la vie morale, il marque la nécessité de faire intervenir la raison pour en régler l'usage : les passions en soi ne sont ni vices ni vertus, et leur qualité morale dépend de l’usage qu’on en fait. Sans donc nous laisser prendre aux rêveries des stoïciens qui « voulaient follement anéantir les passions, et nous élever au-dessus de notre nature par une insensibilité ch1mérique », le philosophe «ne prétend pas au chimérique honneur de détruire les passions, parce que cela est impossible ; mais il

MORE Néron, Ill 282:

. Elém. de physiologie, IX, 352.

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