Éd. Monval, p
Et ce n’est point là une outrance de langage, comme en peut amener le mouvement vif du dialogue : tant de fois, dans le feu de la conversation, on exagère sa pensée au point de ne plus la reconnaitre quand on est de sang-froid ! Mais non, Diderot avait déjà exprimé cette idée, et avec une netteté plus grande encore, peut-être, à l'article « Hobbisme » de l'Encyclopédie :
Le méchant de Hobbes est un enfant robuste : Malus est puer robustus. En effet la méchanceté est d'autant plus grande, que la raison est faible, et que les passions sont fortes. Supposez qu’un enfant eût à six semaines l’imbécillité de jugement de son âge et les passions et la force d’un homme de quarante ans ; il est certain qu’il frappera son père ; qu'il violera sa mère, qu'il étranglera sa nourrice, et qu'il n’y aura nulle sécurité pour tout ce qui l’approchera. Donc la définition de Hobbes est fausse, ou l’homme devient bon à mesure qu'il s’ins- CHULC
Textes curieux ! et dont on ne voit pas trop bien comment les accorder avec la thèse générale de la bonté naturelle, que Diderot soutenait tout à l'heure ; mais qui montrent le besoin pour chaque homme de posséder une raison, et une raison éclairée, exercée et active :
Il faut plus de raison, plus de lumières et de force qu’on ne le suppose communément pour être vraiment homme de bien. Est-on homme de bien sans justice, et a-t-on de la justice sans lumières ? ?
Ainsi Diderot peut dire au Neveu « qu’un sot sera plus souvent un méchant qu’un homme d'esprit » ? ; ainsi encore on comprend que nul ne doive être plus homme de bien que le philosophe, puisqu'il est par définition le plus éclairé des hommes :
L'idée de malhonnête homme est autant opposée à l’idée de philosophe que l’est l’idée de stupide, et l'expérience fait voir tous les jours que, plus on a de raison et de lumières, plus on est sûr, et propre pour le commerce de la vie. Un sot, dit La Roctefoucauld, n’a pas assez
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