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que deux aspects ou deux noms d’une même qualité des choses. Répandre les lumières, accroître la moralité, sont donc deux objets corrélatifs, et que l'Encyclopédie prétendit réaliser l’un par l’autre, En composant ce grand ouvrage, déclare Diderot, nous avons voulu « que nos neveux, devenant plus instruats, devinssent en même temps plus vertueux et plus heureux » 1. On voit à quel point ces trois termes : lumières, vertu, bonheur, sont unis dans son esprit, tellement qu'ils sont inséparables. On voit aussi quel sera le premier moyen — et le plus général — de l'éducation morale : la diffusion des lumières : notre raison, <’éclairant par l'instruction, nous révèlera que le bonheur tant cherché, c'est en étant vertueux et moraux que nous pouvons le mieux, que nous pouvons seulement le conquérir.
Mais c'est là un moyen à longue échéance, et dont les effets bienfaisants ne sauraient se faire sentir qu'avec le temps. Or nous sommes embarqués ; 1l nous faut un autre « ressort » qui agisse, non plus sûrement, mais plus rapidement : ce sera la
législation :
L'amélioration des mœurs tient à la bonne législation. Tout autre ressort n’est que momentané ?.
Là-dessus, de durs reproches furent adressés à Diderot par Brunetière notamment *, et après lui par beaucoup d’autres #.
Brunetière écrit :
Si les lois sont bonnes, les mœurs sont bonnes. Or c'est précisément le contraire qui est vrai, et, sans parler même des préceptes chrétiens, rappelons-nous, à ce sujet, l’aphorisme antique d'Horace : Quid leges
sine moribus ?
Il va sans dire que nous n'avons pas à discuter le problème au fond, ni à opposer aux idées de Diderot une quelconque ortho-
Tone artiencyclopedie XIV, 415:
2 MAGFalconet, 6 sept 1718, XVIIT, 277:
3. Hist. de la litt. fr. classique, III, 385. 4. Exemple : H. Carré, dans Lavisse, Hist. de France, VIIT EE 207.
doxie : demandons-nous seulement si sa pensée est aussi simple et grossière qu'on la représente communément.
Assurément Diderot a cru que les lois avaient une grande influence sur la moralité, et les passages ne manquent pas où il affirme cette croyance : « Si les lois sont bonnes, les mœurs sont bonnes ; si les lois sont mauvaises, les mœurs sont mauvaises, » écrit-il dans le Supplément au Voyage de Bougainulle1. Et encore : |
Qu'est-ce que la voix de la conscience sans l'autorité et la menace des lois ? Les lois ! les lois ! voilà la seule barrière qu’on puisse élever contre les passions des hommes ?.
Nous avons vu quel rapport liait la législation à l’idée de justice, et comment celle-ci devait, pour prendre corps et consistance, être interprétée par celle-là : 1l nous faut maintenant considérer l’action coercitive des lois, l'effet qu’elles ont sur la conduite. Car le précepte n'est pas le tout de la loi ; le pouvoir contraignant qui s’y joint lui est également essentiel :
Ce nest pas assez que des lois soient bonnes ; il faut encore que la raison en soit bien connue, et... des lois bonnes et dont la raison est bien connue exigent un pouvoir coercitif qui s'oppose aux passions 5.
Nous tâcherons de montrer que Diderot est conséquent avec lui-même, qu'il est aussi plus réaliste qu’on ne dit.
Et d’abord, rappelons-nous qu'il pose le déterminisme de toutes nos actions : il n’y a ni vice ni vertu, si vice et vertu supposent que l'agent soit libre ; il n’y a que bienfaisance et malfaisance. Mais l’homme, s’il est déterminé, n’est pas moins modifiable : et même, au contraire : les lois «sont d'autant plus utiles qu’elles ont nécessairement leurs effets » 4 Nous sommes donc en droit de maintenir toutes les sanctions que la pratique courante appuye
MEnc'artiGrecs AVE
. À Falconet, 6 sept. 1768, XVIII, 270.
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sur la croyance à une volonté libre et que l'habitude nous fait croire qui en dépendent. Nous voulons avant tout que les hommes aient une conduite conforme au bien de la société ; mieux que « tout autre ressort (qui) n’est que momentané », les lois la leur imposeront, — les lois, dont l’action est continue et dont les effets. sont nécessaires, sinon sur les dispositions intérieures du sujet, au moins sur ses actes extérieurs. En ce sens, il est vrai de dire que « toute vertu est de précepte ; parce qu’il ne s’agit pas de donner des penchants louables, mais d'empêcher de commettre des actions mauvaises » !, Le mécanisme psychologique de cette action des lois est bien simple :
Un homme naturellement méchant a senti par l'expérience et la réflexion les inconvénients de la méchanceté, il reste méchant et fait le bien ?,
Et qu'il fasse le bien, voilà la seule chose importante pour qui considère avant tout — sinon exclusivement — l'utilité sociale, non la perfection intérieure : ce n'est pas le «mérite » de l'individu, mais le bien social qui intéresse le moraliste ; dans cet esprit, Diderot s’écrie :
O Dieu, je ne sais si tu es... Mais si je suis bienfaisant et bon, qu'importe à mes semblables que ce soit par un bonheur d'organisation, par des actes libres de ma volonté ou par le secours de ta grâce * ?
Celui au contraire que son organisation, en naissant, aura formé, et pour toujours, méchant homme, nous ne pouvons songer à le rendre bon, tâchons seulement d’en faire, bon gré, mal gré, un homme bienfaisant. Aussi les lois peuvent, en quelque sorte, créer la moralité publique, s’il est vrai qu'elle se révèle surtout par les actions ; car en ce sens Diderot écrit :
Ce ne sont pas les pensées, ce sont les actions qui distinguent spécialement l’homme d>: bien du méchant. L’humeur secrète des âmes est