‹ Les idées morales de DiderotChapitre 158 sur 234 · Prière après l'Interprétation de la Nature, IT · texte numérisé non relu

Prière après l'Interprétation de la Nature, IT

à peu près la même. C’est une caverne obscure habitée de toutes sortes de bêtes bien ou malfaisantes. Le méchant ouvre la porte de la caverne et ne lâche que les dernières. L'honnête homme fait le contraire 1.

La loi l’aidera et au besoin le forcera à « faire le contraire ».

Ainsi Diderot, parti de principes opposés aux idées admises, aboutit aux mêmes conclusions pratiques ; 1l pouvait dire de l'opinion des Spinozistes — qui est la sienne — sur la liberté :

Ce système qui vous paraît si dangereux ne l’est point ; 1l ne change rien au bon ordre de la société. Les choses qui corrompent les hommes seront toujours à supprimer ; les choses qui les améliorent seront toujours à multiplier et à fortifier. C’est une dispute de gens oisifs qui ne mérite pas la moindre animadversion de la part du Législateur ?.

Toutefois, si son déterminisme justifie ainsi pratiquement des usages sociaux fondés sur l’idée de responsabilité et de liberté, il en change l’esprit, et tend à les pénétrer de plus d'humanité à ; la vertu sera modeste et éprouvera plus de compassion que de colère, à l'égard du coupable qui est surtout un malheureux :

Notre système de la nécessité. en nous prêchant l’indulgence et la commisération pour ceux qui sont malheureusement nés, nous empêche d’être si vains de ne pas leur ressembler, c’est un bonheur qui n’a dépendu de nous en aucune façon 4.

Le résultat pratique du déterminisme, ce sera donc de nous inspirer « une sorte de philosophie pleine de commisération, qui attache fortement aux bons, qui n'irrite non plus contre le méchant que contre l'ouragan qui nous emplit les yeux de poussière » 5,

Diderot, en accordant à la législation une action si décisive

1. Lettre à Mme Necker, de date inconnue, dans d’Haussonville, Le salon de Mme Necher, 1, 17x.

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