‹ Les idées morales de DiderotChapitre 169 sur 234 · QU © © H · texte numérisé non relu

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Résultat excellent, car « n'est-il pas bien étrange que l’Église soit restée la dépositaire des trois actes les plus importants de la vie : la naissance, le mariage et la mort ? » De même, le divorce aura sur la population cet heureux effet d'augmenter le nombre des mariages : on redoutera moins de s'engager dans un état où on saura n'être plus prisonnier à jamais :

Le divorce diminuerait le nombre des célibataires, qu’on doit regarder dans un état bien policé comme des corrupteurs en titre dans une contrée où cette race fourmille.

Ici encore, 1l y aura tout profit moral autant que politique.

Mais quel genre de divorce introduirons-nous ? quelles en seront les modalités ? Non le divorce sans permission de se remarier, la simple séparation de corps ; rien de plus immoral selon Diderot qui fait là-dessus un jeu de mots :

LA

Il est encore plus favorable à la dissolution (des mœurs) que l’indissolubilité du lien. »

Reste la question des enfants : et c’est la plus grave ! Il est impossible de laisser les enfants auprès de l’un ou l’autre des conjoints : l'expérience montre trop les inconvénients de cet arrangement.

La mort exécute ici le divorce. Si le survivant passe à de nouvelles noces, que deviennent les enfants du premier lit mêlés avec les enfants du second lit sous un beau-père ou une belle-mère ? On le sait.

Il faut que les enfants soient soustraits à leurs parents ; «1l faut qu'ils appartiennent à la République ». Mais nous touchons ici au nœud de la difficulté : privés de leurs soutiens naturels, les enfants doivent être confiés à des tuteurs. Et « qui chargerezvous, sans fâcheuse conséquence, de la tutelle des enfants ? Rien

de si difficile que de trouver de bons tuteurs ».

T1 est malheureusement d'expérience que les parents sont de mauvais tuteurs ; les indifférents des tuteurs pires que les parents, et les magistrats pires encore que les tuteurs et les indifiérents.

Diderot conclut que c’est là « une affaire de législation très épineuse ». Et il y a encore, «le cas des souverains et celui où le divorce n’est demandé que par un des époux ». Ainsi Diderot ne se flatte-t-il pas de résoudre la question, qu’au reste il n’a même pas traitée à fond ; mais s’il nous laisse finalement dans quelque indécision, — ici encore nous observons ce mouvement qui, d'une conception purement idéale, expression d’un individualisme effréné, le conduit à la critique raisonnée, et raisonnable, des institutions existantes, inspirée d’un esprit de réformes qui part du réel pour le transformer.

Mais Diderot ne s’est pas enfermé dans l'examen de ces vastes problèmes ; il est descendu à des questions plus particulières. Nous ne pouvons songer à rapporter ici toutes celles qu'il envisage ; notons seulement sur quelques exemples la double démarche par où il s’efforce de remonter d’un cas concret jusqu’à des principes, pour de là revenir à la réalité mieux comprise.

Dans le dialogue intitulé Mon père et moi !, Diderot étudie les devoirs de la richesse : le riche doit-1l secourir les pauvres ; quels pauvres ; et dans quelle mesure ?

Le riche doit se considérer comme « le fermier du pauvre », à qui il ne fera ainsi qu'un juste retour : La Bruyère avait dit qu’ «il y a à l’origine des grandes fortunes des choses qui font frémir » ; de même Diderot estime que « peu de fortunes sont assez innocentes dans leur principe pour en jouir avec sécurité ». D’ailleurs, à qui veut établir que la richesse a des devoirs, il suffit de faire appel à «une considération qui ne peut être négligée que par des âmes étroites ». Demandons-nous « si l’on est justifié en morale de n'avoir point fait le mal, et de n’avoir fait que le bien quand on a connu le mieux ». Ainsi, pour une âme délicate, ce qu'on appelle vulgairement « devoirs larges » est devoir au même titre que ce que l’on considère comme une supérieure obligation. Et d’ailleurs, ce serait un grand profit pour la société, si le riche

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