‹ Les idées morales de DiderotChapitre 191 sur 234 · III · texte numérisé non relu

III

maine, écrit par ce philosophe (Hobbes), dont j'aurais fait le catéchisme de mon enfant, si l’on était libre d'élever son enfant à sa fantaisie...

Il reparle ailleurs de « ce petit et sublime traité de la Nature humaine», où, «longtemps avant Locke », l’auteur a su montrer que toutes nos idées viennent des sens ?. Aussi note-t-il avec regret que « Hobbes s’est... laissé gagner par la terreur et a terminé son sublime ouvrage de la nature de l'Homme par des visions si étranges, si superstitieuses, si folles, qu’on est presque aussi indigné que surpris » *.

Ainsi, sur le sujet qui nous occupe, Diderot, s’interrogeant lui-même, ne découvre qu’un seul ouvrage capable de rendre des services : c’est ce traité de la Nature de l'Homme. Faut-il donc admettre qu'il ait eu une influence décisive sur la formation de ses idées ?

Ce serait une lourde erreur. Cet ouvrage fut mis en français par d'Holbach en 1772 “ : c’est à cette date seulement et dans cette traduction que Diderot en prit connaissance. La chose apparaît déjà fort vraisemblable si nous songeons que Diderot n’en parle point à l’article « Hobbisme », tel qu'il figure dans l’Encyclopédie ; cet article n’est d’ailleurs qu’un résumé de Brücker 5, auquel Diderot ajoute en manière de conclusion une étude sur le « Caractère de Hobbes ». D'autre part, dans les quelques passages où, jusqu à cette époque, Diderot parla de Hobbes, ce qu'il en dit se réfère uniquement aux ouvrages de politique et va le plus souvent à les critiquer : ainsi à l’article « Citoyen », où il rétablit la distinction, supprimée par Hobbes, entre sujet et citoyen 5, et à l’article « Paix », où il rejette «le sentiment de ce philosophe atrabilaire » pour qui les hommes, dans le principe, vivent dans l’état de guerre de tous contre tous ?.

. Diderot et Catherine II, p. 310.

. Réfutation de l'Homme, II, 296.

. Claude et Néron, III, 492.

. À Londres (Amsterdam).

. Brücker, tome V, p. 145-190.

IV IArAT

HANDErET

LORS ON Ur

Nous sommes confirmés dans cette opinion, si nous nous reportons aux volumes de l'Encyclopédie méthodique publiés par Naïigeon 1, On y trouve, sur le mot « Hobbisme », l’article que rédigea Diderot. Mais à cet article, Naigeon a ajouté quelques pages où on lit ceci ? :

Lorsque Diderot composa l'excellent article qu’on vient de lire, il ne connaissait pas encore le Traité de la Nature humaine de Hobbes, un des plus beaux ouvrages qui soient sortis de tête d'homme, et peut-être le meilleur de ceux que ce philosophe a publiés. Diderot ne pouvait se consoler de n'avoir pas connu plus tôt ce traité sublime de Hobbes (en note : Il le lut, pour la première fois, en 1772), dont la lecture avait fait sur lui une impression vive et profonde. « J’en suis sorti, de ce Traité de la nature humaine, m'écrivait-il jour ; quel dommage que le traducteur n'ait pas réuni l'élégance et la clarté du style à l'évidence et à la force des idées ! Que Locke me paraît diffus et lâche, La Bruyère et La Rochefoucauld pauvres et petits en comparaison de ce Thomas Hobbes ! C’est un livre à lire et à commenter toute sa vie ».

C’est donc en 1772 seulement que Diderot lut l'ouvrage de Hobbes, cet ouvrage, le seul qu'il j uge intéressant pour qui veut étudier la «morale universelle ». Voyons d’après le livre lui-même, quelles idées y doivent séduire Diderot, et tâchons de deviner de quelle autre source elles ont pu lui venir, puisque ce n'est pas d’Hobbes qu'il les tient.

Si nous ouvrons le traité de Hobbes, nous constatons que nous n'avons pas là une « Morale », mais un simple traité de psychologie, dont voici les thèses principales : toute notre vie intellectuelle a son origine dans les sensations venues du monde extérieur ; toutes nos actions sont déterminées. De plus, l’idée de la relativité du Bien et du Mal se trouve énoncée en termes très TEEN

1. Encyclopédie méthodique, Philosophie ancienne et moderne, par

M. Naigeon, 3 vol. in-8°.

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