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3. Un des exemples que Diderot introduit pour illustrer cette thèse paraît bien renfermer une contradiction ; le voici : « Qu'un homme soit
boîteux, bossu, qu’on ajoute à toutes ces difformités toutes celles qu’on imaginera : il ne sera beau ou laid que comparé à un autre, et cet autre ne sera beau ou laid que relativement au plus ou moins de facilité à remplir ses fonctions animales». Ainsi dans le second individu il admet un critérium absolu de la beauté — critérium emprunté à Shaftesbury, v. plus loin, p. 265-6, — et il le soustrait à la relativité où il soumet le premier. C’est que sa pensée n’est jamais arrivée sur ce point à une parfaite unité, sa vraie doctrine — finaliste — est sans doute celle qu’il exprime à Mie Volland, 2 sept. 1762, XIX, 119 : « Le bel homme est celui que la nature a formé pour remplir le plus aisément qu’il est possible les deux grandes fonctions : la conservation de l'individu qui s'étend à beaucoup de choses, et la propagation de l’espèce qui s'étend à une ».
être rapportée à l'Univers qui est gouverné uniquement par une nécessité interne, les idées « de Bien, de Mal, d’Ordre, de confusion, de chaud, de froid, de Beau, de Laid » sont là sans application !. Rapprochons surtout ce passage de la préface à la IVe partie de PEthique :
1° Celui qui a résolu de faire une chose et l’a achevée, dira que son ouvrage est parfait, et il le dira, non seulemient lui, mais aussi quiconque aura connu ou cru connaître l'intention et le but de l’auteur. Mais si quelqu'un voit un ouvrage, et qu'il ne connaisse n1 l'intention, ni le but de l’auteur, certainement 1l ne pourra dire si cet ouvrage est parfait ou imparfait. Il me paraît que c’est là la première signification de ces mots. Mais, après que les hommes eurent formé des idées universelles, et imaginé des modèles de maisons, de bâtiments, de tours, etc., ils commencèrent à donner la préférence à certains modèles sur d’autres. Il arriva de là que chacun appela parfait ce qu'il voyait avoir du rapport et être conforme à l’idée universelle qu'il s'était formée de cette chose, et qu’au contraire il appela imparfait ce qu'il voyait avoir un moindre rapport avec le modèle qu'il s’était formé ?, quoique l’ouvrage fût entièrement achevé d’après l'intention de l’auteur. Il me paraît aussi que c’est là la raison pour laquelle on appelle ordinairement parfaites ou imparfaites les choses naturelles, c'est-à-dire qui ne sont pas faites de la main des hommes. Et de là, lorsqu'ils voient dans la nature arriver quelque chose qui a moins de rapport avec le modèle qu'ils se sont formé de cette chose, ils croient alors que c’est la faute de la nature, qu’elle s’est trompée et a laissé la chose imparfaite ÿ.
20 Nous voyons donc que les hommes ont coutume d'appeler parfaits ou imparfaits, plutôt d’après leurs préjugés que d’après la connaissance vraie des choses. Nous avons fait voir, en effet, dans l’appendice de la Ire partie, que la nature n’agit par aucune fin, et que cet être éternel et infini que nous appelons Dieu ou Nature agit avec la
même nécessité qu'il existe, et nous avons démontré qu’il existe par la même nécessité de sa nature 4.
3° Diderot écrit :
1. Trad. Boulainvilliers, p. par Colonna d’Istria, p. 59. 2. Cf. Diderot, ibid : « Nulle connaissance du beau ou du laid sans con-
naissance de la règle, sans connaissance du modèle, sans connaissance des rapports et de la fin ».