‹ Les idées morales de DiderotChapitre 198 sur 234 · LAN · texte numérisé non relu

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. N° LVIII, dans éd. Van Vloten, in-80, II, 208.

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de la nécessité, paraissent provenir de la page célèbre de l’Ethique À}:

Cette doctrine sert à la vie sociale en ce qu’elle apprend à nehaïr, ni mépriser personne, à ne sefâcher, ne se moquer, et à ne porter envie à personne.

Voilà les seuls éléments de preuve que nous ayons. On comprend qu ils ne nous apparaissent pas décisifs ; et que, parlant de l'influence, non plus du Spinozisme, mais de Spinoza, nous la présentions seulement comme vraisemblable.

S1 cependant nous en admettons, avec ces réserves, la réalité, à quelle époque Diderot aurait-il lu Spinoza ? La date est diffcile à préciser ; mais il semble qu'il la faille placer assez tôt, peutêtre avant la Promenade du Sceptique. En effet, dans la deuxième partie, «les Philosophes », l'interlocuteur à qui Diderot donne la parole en dernier lieu, c’est Oribase, qui expose un panthéisme évidemment dérivé de Spinoza :

L'être intelligent, selon lui, n’est point un mode de l'être corporel. Selon moi, il n'y a aucune raison de croire que l’être corporel soit un effet de l'être intelligent. Il s’ensuit donc... que l'être intelligent et l'être corporel sont éternels, que ces deux substances composent l'univers et que l'univers est Dieu 2.

Et ce mot est le mot de la fin : personne ne réplique au Spinoziste.

Que concluons-nous ? Que Diderot ait subi l'influence de la pensée spinoziste, cela semble indéniable ; mais cette influence s’est-elle exercée sans intermédiaire ? Diderot lut-1l l'Efhique ? C’est probable, ce n’est pas prouvé. En tout cas, directement ou indirectement, Diderot fut confirmé par Spinoza dans sa croyance à l'identité de l’âme et du corps, du monde moral et du monde physique, l’homme étant un système soumis à un déterminisme rigoureux, et partie du déterminisme universel. |

1. Ethique, II® partie, note finale, trad. Boulainvilliers, p. 125. LI R234:

Sur l'influence de Locke, nous pouvons arriver à des constatations plus précises et plus certaines.

On sait quelle place tient Locke dans la pensée de notre XVII18.S1eCIeR

De tous les philosophes anglais qu'on Di donner comme ancêtres à nos philosophes, — a-t-on dit, — aucun n’a exercé sur eux une aussi grande et. aussi universelle influence que Locke... On DER dire que le « sage Locke », comme ils l’appelaient, a été le maître à penser du XVIIIe siècle tout entier !.

On a même écrit que les idées sur la pratique, que Locke développe incidemment, avaient été comme la Bible des philosophes : l’Essai «n’est pas le moins du monde une Ethique ; cependant la psychologie morale contenue au chapitre « de la Puissance » (IT, 11) et les notions du bien et du mal données au chapitre «des autres Relations » (IT, 28) ont fourni le texte de la plupart des spéculations morales qui eurent le plus de succès en Angleterre, en France et en Écosse tout le siècle suivant »? Il y a là quelque exagération, au moins pour ce qui concerne notre pays ; car beaucoup des idées qu’exprimait Locke faisaient déjà partie de la conscience française quand, en 1700, la traduction Coste mit son grand ouvrage à la portée du commun des lecteurs : cependant on n'en saurait nier l'importance historique.

Diderot a dit plusieurs fois son opinion sur Locke. A l’article Encyclopédie, il le représente comme une source indispensable pour tout livre de ce genre :

Il y a des ouvrages si importants, si bien médités, si précis, en petit nombre à la vérité, qu'une Encyclopédie doit les engloutir en entier. Ce sont ceux où l’objet général est traité d’une manière méthodique

et profonde, tels que l'Essai sur l’entendement humain, quoique trop diffus.

. Ducros, Encyclopédistes, p. 130.

2. Green and Grose, introd. au vol. II du Treatise of human nature de Hume, Londres, 1878, p. 1-2.

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