‹ Les idées morales de DiderotChapitre 20 sur 234 · F. Pillon, Année philos., 1893, p · texte numérisé non relu

F. Pillon, Année philos., 1893, p

2. Traité de Movale, avertissement de 1697, éd. Joly, p. vit.

3. Éd. de Paris 1749 ; t. IV, p. 190. De même Bayle, Contin. des pensées diverses, $ CLII (Œ. diverses, La Haye, 1727, in-f0, III, 409), cite « une -infinité d'auteurs graves » aux yeux de qui « il y a dans la nature et dans l'essence de certaines choses un bien ou un mal moral qui précède le décret divin » et qui par suite rend les commandements de Dieu superflus.

ment, il ne faut jamais s’y laisser conduire. Il faut contempler l'ordre en lui-même, et souffrir seulement que le sentiment soutienne notre attention par le mouvement qu'il excite en nous. Autrement nos méditations ne seront point récompensées de la vue claire de la vérité 1.

Si donc on supprime l'identité qu’elle établit après coup entre Dieu et l’ordre, la morale de Malebranche peut subsister comme une morale purement rationnelle, indépendante de la foi, et par le principe qui la fonde, et par le mode de connaissance.

Chez Bayle, — dont la doctrine (au moins en sa partie négative) est déjà presque toute contenue dans les Pensées diverses, antérieures d’une année (sous leur forme définitive, 1683) au Traité de Malebranche, — nous trouvons une pensée singulièrement plus hardie déjà, allant d'emblée aux conclusions les plus audacieuses, que confirmeront ensuite et la Continuation des Pensées diverses et divers articles du Dictionnaire. M. Delvolvé a admirablement résumé sa doctrine sur ce point ?; mais, sans nous attacher ici aux principes sur quoi Bayle essaye de construire une morale rationnelle indépendante, nous mettons seulement en lumière ce qui nous intéresse plus directement, c'est-à-dire sa critique de l’idée qu’il y aurait une relation nécessaire entre religion et morale.

C'est là, dans sa pensée, l’application particulière d’un principe qui a plus d’extension, à savoir que « ce ne sont pas les opinions générales de l’esprit qui nous déterminent à agir, mais les passions présentes du cœur », et « que l’homme ne règle pas sa vie sur ses opinions » *. Mais c’est aussi un fait d'observation : il y a des chrétiens qui se conduisent bien mal, encore qu'ils soient fermement convaincus de la vérité de leur religion :

Si on peut démontrer quelque chose dans la morale, je ne doute pas que je n'aie démontré qu'il est faux que les chrétiens qui se

1. Traité de Morale, 17e part., ch. V, $ 21, p. 57 de l’éd. Joly.

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