‹ Les idées morales de DiderotChapitre 204 sur 234 · LI VE · texte numérisé non relu

LI VE

2. Mélanges extraits des Mémoires de Mme Necker, Paris, 1708, Il, 296, dans Ducros, p. 52.

personnages est seul à se faire entendre, et c’est alors qu'il évoque son rêve d’un état idéal de bonheur ; tantôt ils mêlent

leurs voix ; parfois enfin ils prennent tour à tour la parole ainsi aux dernières lignes de la Satire sur le Luxe :

Soumettons-nous (dit l’un) à un ordre de choses qui pourrait par hasard être meilleur ou plus mauvais ; jouissons des avantages de notre condition. Si nous y voyons des défauts, et il y en a sans doute, attendons-en le remède de l’expérience et de la sagesse de nos maîtres, et restons ici |.

Et l’autre de répliquer :

Kester ici, moi ! moi ! y reste celui qui peut voir avec patience un peuple qui se prétend civilisé, et le plus civilisé de la terre, mettre à l’encan l'exercice des fonctions civiles ; mon cœur se gonfle, etc. ?

Mais c'est en général l’opportuniste qui a le dernier mot et qui finit par l'emporter. D'où la notion, fortement enracinée en Diderot, que les choses humaines sont relatives, notion qu'il applique aussi bien à l’observation de ce qui existe qu'à la détermination de ce qui doit être.

Il ne veut pas que l’on construise le réel au lieu de le décrire, qu'on substitue à la réalité vraie un idéal :

Les définitions des êtres moraux se font toujours par ce que ces êtres doivent être, et jamais par ce qu'ils sont. On confond sans cesse le devoir avec la chose *.

Si au contraire on regarde sincèrement l’homme qui est, on s'aperçoit qu'il présente toujours quelque imperfection : !

Songez que nous sommes tous sortis du fourneau de nature avec un coup de feu, une félure. Cette nature est bien bizarre, elle agit comme si elle s'était proposé un chef-d'œuvre, puis, crac, par un caprice, un

1. C’est ce côté aussi de l'esprit de Diderot qui a frappé M. P. Villey, Revue du XVITIE siècle, oct.-déc. 1904, p. 422, 428.

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