Lettre sur le commerce, XVIII
J'avais pensé que les fibres du cœur se racornissaient avec l’âge ; il n'en est rien. Je ne sais si ma sensibilité ne s’est pas augmentée ; tout me touche, tout m'affecte, je serai le plus insigne pleurnicheur vieillard que vous ayez jamais connu !.
Aimer ou faire le bien, c’est, comme vous savez, ma devise 2...
S'il voit dans le désir d'acquérir l'estime des contemporains un motif puissant pour bien agir, c'est qu’il en ressent toute la ONAEE
Mon cœur s’émeut de la joie la plus douce quand mes semblables me bénissent. C’est le petit château qui sera une maison bénie ! C’est là que, sans glaces, sans tableaux, sans sophas, nous serons les mortels les plus heureux par le bien que nous ferons et par celui qu’on dira de nous ÿ.
Mais aussi 1l pouvait en vérité écrire à François Tronchin :
J'ai bien reconnu que j'étais possédé du démon de la bienfaisance, puisqu’après l’avoir exercée dans toute son étendue, je n'en étais pas revenu. Est bien insensé celui qui secourt l'humanité, s’il s’en propose quelque retour. Malheur à celui qui s’est promis de ses bonnes actions d'autre récompense que celle qu’il a dû trouver au fond de son cœur 4.
C’est donc en lui, dans sa conscience, que Diderot a d’abord éprouvé cet accord de la vertu et du bonheur qui est la clef de voûte de sa doctrine morale : « on est heureux partout où l’on fait le bien », écrit-il à Me Volland ; et ailleurs :
En m'occupant à tromper la peine d’un autre, j'oublie la mienne. Je vous le dis, je le dis à tous les hommes : lorsque vous serez mal avec vous-même, faites vite quelque bonne œuvre 6.
1. De La Haye, à Mie Volland, 3 sept. 1774, XIX, 352. Cf. à la même, 17 août 1759, XVIII, 381, où il montre que le désintéressement est une qualité commune de la famille.