‹ Les idées morales de DiderotChapitre 210 sur 234 · juillet 1762, XIX · texte numérisé non relu

juillet 1762, XIX

SRRNITI NS 84

4. 17 juillet 1772, dans Tronchin, Le conseiller François Tronchin et ses amis, 1895, P. 329-30.

Sportulieti1702 IX OT.

OM26qulletir 762 XI 784:

Les événements extérieurs aussi vérifient que la vertu est le meilleur calcul, et que la folie est de mal faire. C'est à quoi ne songeait pas Le Breton, quand sottement il « sabota » l'Encyclopédie ; mais Diderot indigné le lui rappelle :

Vous en serez châtié par la perte pécuniaire et par le déshonneur : c'est votre affaire. Vous étiez d'âge à savoir combien il est rare de commettre impunément une mauvaise action ; vous l’apprendrez par le fracas et le désastre que je prévois {.

Les grands principes de la morale de Diderot, les idées maitresses qui sont les pivots de sa doctrine, apparaissent donc comme le dépôt laissé en lui par les événements auxquels 1l participa et par les émotions qu'ils suscitèrent dans son âme, par son expérience, en un mot, extérieure et intérieure d'homme qui a vécu et senti.

Mais de là aussi sortait son «immoralisme ». S'il rêve d’un état de vie anarchique, sans lois, sans mœurs, c'est qu'il a vécu dans la société et souffert par elle. S'il aime les passions fortes, les hommes « originaux », et cette unité qui fait les « caractères », c'est que lui-même il incarne en quelque mesure cet idéal, c’est aussi qu'il est artiste et que ces qualités lui font plaisir à contempler chez les autres. |

Ainsi, c’est dans la personne de Diderot qu'il faut chercher la source profonde de ses idées, et aussi l’unité de ses tendances contradictoires. Certes, la contradiction subsiste entre individualisme et morale sociale ; il n’est point parfaitement cohérent de vanter les passions énergiques, quelle qu’en soit la nature, et de vouloir soumettre toutes les passions à la justice, ne leur reconnaître de valeur qu’en tant qu’elles s’y subordonnent. Mais nous avons là une de ces contrariétés irréductibles en bonne logique, dont la vie chaque jour déconcerte notre raison : on est tiraillé entre sentiments qui s'opposent et qui ont pourtant en nous égale réalité ; ainsi la dualité qui est dans la pensée de Diderot se résout dans l'unité complexe de sa sensibilité.

T'OTOMIOV TO RAI 4701

Et si, de cette unité, nous voulons exprimer avec plus de précision le caractère, nous dirons qu’elle se marque avant tout dans son opposition au christianisme. Le sensibilité de Diderot y répugne profondément ; elle est, sur toute chose peut-être, antichrétienne. |

Sans doute 1l peut arriver à Diderot d’éprouver comme un retour de piété, — sinon de foi, — au déroulement pittoresque des processions de la Fête-Dieu : c’est un peu de son enfance fervente qui revit alors en son imagination. Mais il n’éprouve là qu’une impression passagère ; et d’ailleurs seul l’artiste (romantique déjà) est remué par le spectacle des somptuosités du culte 1,

Peut-être même lui arriva-t-il parfois de reconnaître quelque valeur à la morale du Christ. C’est l’abbé Barruel qui nous raconte cette anecdote, impossible à contrôler :

Cet homme, écrit-il, avait aussi ses moments d’admiration pour l’'évangile. M. Beauzée, de qui je tiens ce fait, entre un jour chez lui, et le trouve expliquant à sa fille un chapitre du Nouveau Testament, avec autant de sérieux et d'intérêt qu'aurait pu le faire un père vraiment chrétien. M. Beauzée témoigne sa surprise. — J'entends ce que vous voulez dire, lui répond Diderot, mais au fond quelles meilleures leçons lui donner, où trouverais-je mieux ? ?

Nous avons vu déjà quelle. atténuations Diderot savait apporter à ses principes quand il s'agissait de l'éducation de sa fille : il est possible qu'il ait tenu ce propos. |

Mais quand on le considère en son fond, il est vraiment, essentiellement antichrétien. On l’observe déjà à certaines invectives qu’au beau milieu de ses Salons il adresse à «l’abominable Croix », à la « folie du Christ », à «l’abominable christianisme » et à «l’esprit de mortification » qu'il apporta sur la terre *. Exclamations d'autant plus frappantes et sigmificatives qu'elles détonent dans ces ouvrages comme une note imprévue. Et sa haine est

Page 1