CONCLUSION
Telle nous est apparue la pensée morale de Diderot, plus complexe à la fois et plus liée qu’on n’a accoutumé de la représenter.
Nous nous sommes efforcé de définir ce que nous avons appelé son immoralisme, c’est-à-dire cette partie de ses idées où trop souvent l’on fait consister toute sa morale. Ce rêve d’une société anarchique, dans laquelle l'individu serait tout ce que la nature l’a fait, rien d’autre n1 rien de plus, — nous avons tâché de marquer les réserves que Diderot y mêle, les atténuations qu’il y apporte ; surtout nous avons montré qu'il le plaçait délibérément en dehors du réel, voire du possible : c’est un a/1br où il se réfugie quand sa sensibilité de plébéien, son imagination d’artiste sont trop blessées par le contact d’üne société factice et compliquée, d’une humanité sans franchise et sans grandeur ; — quand son instinct aussi et sa raison se révoltent devant un ascétisme jugé absurde et criminel.
Mais, avant que de rêver, il faut vivre, et vivre en société : Diderot le sait. Il y a chez lui, non certes coordonnée en système, mais dispersée par toute son œuvre, une doctrine à laquelle, pour la caractériser, on rapporterait volontiers ce qu'il dit du livre d’'Helvétius :’« C’est un véritable système de morale expérimen- False
Son dessein, de bonne heure il en eut conscience, c’est de rendre l’homme « vertueux par principes » *. Mais ces principes,