‹ Les idées morales de DiderotChapitre 24 sur 234 · AE · texte numérisé non relu

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il recommande « de se rendre heureux autant qu’on peut l'être dans le monde, sans que les moyens du bonheur présent ruinent les espérances de l'avenir » !, Et il ajoute :

Je conseille l'usage des plaisirs ; mais je ne veux pas qu’on s’en enivre... On se manque à soi-même quand on laisse échapper une seule de toutes les ressources qu'ils procurent ; non seulement les plaisirs sont propres à nous distraire du sentiment de nos peines ou à nous piquer le goût par la jouissance de ce qui nous flatte ; c'est aussi une politique que de savoir se livrer à de certains amusements ?.

Parce qu'on peut ainsi faire sa cour à bien des gens. Ce n’est donc point par la violence que l’on ravit le ciel : la béatitude éternelle sera le dénouement heureux d’une existence toute composée de sages plaisirs.

Me rendre méritoire pour l'éternité le plaisir que j'aurai pris à vivre en homme réglé, en homme sage, en homme vrai.…., en vérité, c’est le comble des miséricordes du Très-Haut. Non, on ne saurait assez vanter l'excellence d’une religion aussi consolante et aussi sainte $.

Et à chaque page l’auteur se fait le héraut de ce qu'il nomme « la fine volupté », le plaisir dégagé de grossièreté, dont la poursuite doit être notre constant souci.

Ainsi la nouvelle morale, non seulement se constituera indépendamment de la religion, mais tendra à s y opposer par sa

tendance la plus profonde.

À un premier degré, ce caractère se marque par le rejet, désormais définitif, de l’ascétisme. Le Maître de Claville, un magistrat qui devait être un gourmet, ami de cette « fine volupté » de la table qu’il décrit complaisamment, — dira :

Les sectateurs d’une sagesse sombre et mélancolique, ces hommes presque inabordables, toujours hérissés d’épines, et comme ennemis

de tout le genre humain, seront scandalisés sans doute de ce que rs un même traité j'ose allier la sagesse avec les plaisirs. Pour

, dont le système est tout différent du leur, moi qui crois les ee un spécifique de ces crises violentes de chagrin, qui jettent l'âme dans une sorte d’abattement, mais qui crois aussi qu'autant que l’usage des plaisirs est gracieux, autant l'abus en devient funeste, moi qui veux faire de vous un homme vraiment sage, mais un sage ami de la société et aimant les bonnes choses, j'ai dû parler assez des plaisirs pour les faire connaître... ! |

Il nie que plaisir et saine religion soient incompatibles :

À un pédant, à un hypocrite, ou à un moine, qui n'aura vu le monde que par la lucarne d’un froc, proposer de la conformité entre les plaisirs innocents et les bonnes mœurs, quel paradoxe ! quelle rêverie ! c'est Épicure ressuscité ! On n’est point chrétien si l’on ne parle à la Capucine. ? |

Au contraire, dira Rémond de Saint-Mard, «la véritable sagesse n’est point faite pour rendre malheureux celui qui la possède » ? et tous les contemporains pensent comme il parle; — car il n'entend pas constater ainsi les effets bienfaisants de la modération, mais au contraire définir les conditions que doit remplir la sagesse idéale. Et il oppose la vertu de Diane, « vertu d'effort », à la vertu de Mars, « vertu naturelle », — qui ne va qu’à suivre son penchant ; et combien supérieure à l’autre !

L'abbé de Saint-Pierre dans son Discours sur le désir de la Béatitude * met en garde contre l’idée fausse que les mortifications, par où l'individu s’efforce de dompter la chair, puissent être agréables à Dieu : c’est qu’à ses yeux — idée sur quoi nous aurons à revenir, — seuls sont méritoires les actes qui tendent au bien de la société :

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