‹ Les idées morales de DiderotChapitre 26 sur 234 · cytp · texte numérisé non relu

cytp

SA La Te

La Religion essentielle à l’homme doit être conforme à sa nature, elle doit mettre en œuvre ses différentes facultés relativement à leur destination 1,

L'homme n'a pas à combattre ses inclinations, seulement à les régler et à les harmoniser : voici donc qu'on réhabilite les passions, ressort premier de l’activité humaine.

Dans Fontenelle déjà, Érostrate en faisait l’éloge à Démétrius de Phalère :

Ce sont les passions qui font et qui défont tout. Si la raison dominait sur la terre, il ne s’y passerait rien. On dit que les pilotes craignent au dernier point ces mers pacifiques où l’on ne peut naviguer, et qu'ils veulent du vent, au hasard d’avoir des tempêtes. Les passions sont chez les hommes des vents qui sont nécessaires pour mettre tout en mouvement, quoiqu'ils causent souvent des orages ?.

Rémond de Saint-Mard, dans ses Nouveaux Dialogues des Dieux ou Réflexions sur les passions, prête à Apollon ces paroles :

Je puis vous dire que toutes les passions sont bonnes. Elles sont trop précieuses pour en rien laisser perdre, il faut les mettre à profit, il faut oser se plaindre de n’en avoir point assez ÿ,

L'auteur va même plus loin, jusqu'à opposer et préférer passions à raison : « Le bonheur des hommes n'est jamais l’ouvrage de leur raison » , et un de ses personnages s’écrie :

Hélas ! pourquoi la nature, en nous donnant des passions qui suffisaient pour nous rendre heureux, nous donne-t-elle aussi une raison qui ne nous permet pas de l’être 5 ?

TAC cmil 2

2. Dialogues des morts (1683), éd. de Paris, 1757, I, 109. — De là l’image est passée dans Voltaire, Zadig, ch. XX : « On parla des passions. Ah ! qu’elles sont funestes, disait Zadig. — Ce sont les vents qui enflent les voiles du vaisseau, répartit l’ermite : elles le submergent quelquefois, mais sans elles il ne pourrait voguer ».

Page 1