‹ Les idées morales de DiderotChapitre 28 sur 234 · OU © ND OH · texte numérisé non relu

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Il est aussi impossible qu'une société puisse se former et subsister sans amour-propre qu'il serait impossible de faire des enfants sans concupiscence, de songer à se nourrir sans appétit, etc. 1.

Pernetti non plus ne considère pas que l’amour-propre puisse être nuisible quand il n’est pas excessif :

Voyons ce qu'il en est de ceux qui sacrifient tout à eux-mêmes. C'est encore un caractère auquel tout le monde participe, il n’est personne qui ne s'aime un peu. Ne l’attaquons que dans ceux qui poussent cet amour trop loin ; et qui se rendent le fléau de la vie civile par leurs soins et leurs attentions importunes pour leurs personnes ?.

Et Mlle Huber est d'avis que le premier commandement de la « religion essentielle » doit être : Aimez-vous vous-même :

Vous dirai-je une idée qui me vient et qui vous paraîtra sans doute extraordinaire ? C’est qu’il me paraît que l’homme devrait commencer par s'aimer soi-même, et s'aimer comme il faut, avant de prétendre d'aimer Dieu 5.

En même temps qu’on justifie la conduite qui a sa raison dans l’amour que l'individu se porte à lui-même, on tend de plus en plus à estimer les actions d’après leurs résultats utiles.

Cette notion d'utilité était déjà au fond des discussions qui, à la fin du siècle précédent, s’élevèrent sur les études monastiques, le luxe, l’usure. C’est à elle désormais qu'on se réfèrera pour savoir si un homme a bien ou mal agi. — Rémond de Saint-Mard parle avec regret du temps où « une conduite n'était estimable que par l'utilité qu’elle produisait » 4. L'abbé de Saint-Pierre surtout donne une grande importance à cette idée. « Agaton, archevêque très vertueux, très sage et très heureux », en qui il incarna son idéal de vie, est dans l’opinion que « le difficile n’est

. Lettres phil., éd. Lanson, II, 197.

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estimable qu’à proportion qu'il est utile à la société chétienne !, » C’est en vertu de ce principe que nous avons vu l’abbé de Saint- Pierre condamner le sacrifice en tant que tel, « car les souffrances volontaires et les autres choses difficiles ne sont louables et dignes de récompense qu’à proportion qu’elles sont utiles aux autres » ?, C’est encore la raison pour quoi il préfère la vie du siècle à la vie religieuse :

Est-ce donc que celui qui a des enfants, qui les élève bien ou qui les fait bien élever, qui a une femme, des domestiques, des voisins pauvres, ne peut pas faire un grand nombre d'œuvres de bienfaisance que le religieux ou la religieuse, qui n’ont n1 femme ni enfants ni voisins à qui ils puissent rendre des services et procurer des plaisirs journaliers tout le long des années? Ils se retirent du commerce des hommes, ils abandonnent leur revenu à d’autres pour prier en faveur des malheureux, au lieu d’aller eux-mêmes les conseiller et les secourir. Gens lâches, ils sortent du combat et diminuent ainsi les moyens que Dieu leur donne pour exercer la bienfaisance ,

De même, Mie Huber place cette notion d'utilité au sommet de la morale et en fait la définition même de la Justice :

Leur utilité (aux hommes) est le grand mobile, l’invincible ressort qui les détermine. On oppose le juste à l’utile, et l’on dit que le juste doit l'emporter. Je craindrais que sur ce pied-là l’Utilité ne l’emportât inévitablement, à moins que l’on ne vint à démontrer que le Juste et l'Utile ne sont essentiellement qu’une même chose. En effet, l'utile n'étant au fond que le bonheur, ou ce qui y mène, il ne dépend pas des hommes de s’en départir, ils sont nés pour cela. Aussi le sentiment du bien-être, précède en eux l’idée du Juste. Ce ne serait donc qu'en leur démontrant la relation essentielle du Juste à l’Utile et de l’injuste au nuisible, qu’on pourrait les déterminer à préférer le juste (O. c., I, 89).

On voit que cette utilité est surtout conçue comme celle du groupe entier : utilité générale et amour-propre doivent se

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