XI
rejoindre. C'est que le sentiment social, inexistant ou au moins inéxprimé au XVIIe siècle, s’éveille à cette époque, et rapidement se développe. — L'abbé Marquet, « de la maison de Sorbonne », publie un Discours sur l'esprit de société, présenté à Messieurs de l’Académie française l’année 1735 1. On y lit :
Nous naissons pour la société ; les amusements de l’enfance, les instructions nécessaires à la jeunesse, les occupations d’un âge plus avancé, les ennuis que la vieillesse traîne à sa suite, nous découvrent d'une manière bien sensible l'intention de la nature. Elle attache les hommes par une dépendance mutuelle, elle les unit par l'attrait du plaisir et elle les enchaîne par l'intérêt qui agit si puissamment sur les cœurs ; on ne peut rompre des nœuds si étroits sans se rendre malheureux ?.
De cet esprit, les avantages sont non seulement pour le corps social, mais aussi pour l'individu en tant que tel :
En considérant le monde comme un corps politique, on verra d’abord que le bien public exige qu'on soit animé de cet esprit ; en considérant ensuite l’homme lui-même sans aucun rapport étranger, on fera connaître que $es avantages propres dépendent essentiellement de cet esprit de société 5.
La morale entière du P. Buffñer est dominée par l'idée de Société ; il la définit « la science de vivre avec lés autres hommes dans la vie civile, pour y procurer, autant qu'il est en nous, notre propre bonheur de concert avec le bonheur d'autrui À ».
Je veux être heureux ; mais je vis avec des hommes, qui, comme moi, veulent être heureux également chacun de leur côté ; cherchons le moyen de procurer mon bonheur en procurant le leur, ou du moins sans jamais y nuire. Tel est le fondement de toute la sagesse humaine, la source de toutes les vertus purement naturelles, et le principe général de toute la morale et de toute la société civile ÿ.