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Lévêque de Pouilly, dans sa Théorie des sentiments agréables, dont la première édition est de 1736, — « démontre fort bien », suivant les principes de Socrate, que les plaisirs des sens étant inférieurs à ceux de l'esprit, et ceux-ci aux plaisirs de l’âme, 1l s'ensuit que la bienfaisance est la première qualité qu'il faut cultiver pour son bonheur, et ensuite les autres, dans leur ordre rétrograde » !, — Enfin toute l’œuvre de l'abbé de Saint-Pierre, le « philosophe citoyen », comme l'appelle Diderot ?, exprime à chaque page les exigences de cette conscience sociale.
En résumé, la morale est indépendante de la religion ; elle est une, elle doit l'être, au lieu que les cultes sont divers. Elle n’a pas à contraindre la nature, maïs à en permettre et en favoriser l'épanouissement. Les passions sont bonnes ; elles sont le premier moteur dans cette morale rationnelle. L’amour-propre est lég1time, qui se concilie avec l'utilité sociale, laquelle est le meilleur critérium de la bonté des actes.
Telles sont en gros les idées que reconnaissent généralement, vers 1740, ceux qui réfléchissent sur la conduite ; telles sont les conceptions qui, devenues à cette époque la chose de tous, furent comme le premier aliment de la pensée de Diderot.
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A côté de cette tradition, il y en a une autre * qui apparaît peut-être de façon moins évidente dans les grandes œuvres,
1. Dubois de Rochefort, Hist. critique des opinions des anciens et des systèmes des philosophes sur le bonheur, Paris, 1779, in-8°. — Disc. prélim., p. IX, note.