CN XIN EST
3. Je me suis aidé ici de la thèse de M. Lichtenberger, Le socialisme au XVIIIe siècle, Paris, 1895, in-8°, et surtout de Chinard, L'Exotisme américain, Paris, 1913, in-16. On peut regretter que M. Chinard n'ait pas dans son exposé distingué les trois grands thèmes offerts par la littérature «américaniste » : le thème moral, opposant le bon sauvage, l’homme de la nature à la corruption du civilisé ; — le thème sentimental, idylle de lEuropéen avec la sauvagesse ; — le thème descriptif, c’est à dire ces
mais qui n’a pas moins déjà pénétré bien des consciences — c'est la tradition d’un naturalisme antisocial et anarchique.
Elle prit naissance, semble-t-il, au xvI® siècle, au moment où la découverte des mondes nouveaux ébranla tous les dogmatismes. Chez ces peuples étranges de l'Amérique, les voyageurs avaient rencontré des croyances religieuses, des conceptions morales, des. régimes politiques, bien différents des nôtres ; — parfois même l’absence de tout culte, de toute règle et de toute loi. On commença dès lors à se rendre compte de l’immensité de la terre, de la diversité de ses habitants ; et les hommes, confiants auparavant dans la solidité d'opinions qu'ils jugeaient universelles, — se mirent «à remarquer dans les quatre parties du globe et dans. la cinquième, qui est encore aussi inconnue qu’immense, ce prodigieux nombre de générations qui n’entendirent jamais parler de ces opinions, ou qui les ont combattues, ou qui les ont eues en horreur ; et à opposer l'univers à la rue Saint-Jacques » ! Ainsi Diderot pourra dire : « Nous avons découvert un nouveau monde qui a changé les mœurs de l’ancien » ?. C’étaient en effet toutes les certitudes de l'Occident, — certitudes morales autant qu'intellectuelles, — qui allaient être troublées : ««le vieux monde devait venir à douter de lui-même jusqu'à proclamer avec Rousseau la faillite de sa civilisation, et à projeter chez les sauvages de l’Amérique son rêve d’innocence et de félicité » ÿ.
Cependant, ces conséquences, Montaigne est le seul à peu près qui à cette époque les aperçoive ; mais 1l les exprime en termes. saisissants. Les sauvages ne sont pas tels que notre appellation méprisante pourrait le faire croire ; ils vivent de la vraie vie conforme à la nature, sans qu’une civilisation factice ait « sophistiqué » en eux la spontanéité de l'instinct :
tableaux où Chateaubriand puisera quelques-unes des couleurs de son pittoresque : il eût pu ainsi marquer l’évolution ou le progrès de chacum de ces leit-motives. — Toutes les citations qu’on trouvera ci-après sont d’ailleurs faites de première main.