‹ Les idées morales de DiderotChapitre 33 sur 234 · NOR · texte numérisé non relu

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le seul possible : illusion que dissipe le spectacle de ces peuples prétendus sauvages, mais plus sages que nous peut-être, et plus heureux. Loin de les mépriser, nous devrions plutôt envier le sort de « ces nations qu’on dit vivre encore sous la douce liberté des premières lois de nature » L |

Ainsi ce grand courant a sa source dans Montaigne : il se continue à travers l’âge suivant ; mais ne commence, semble-t-il, à réapparaître au grand jour qu’à la fin du siècle. Il est distinct surtout dans deux sortes d'œuvres : les voyages extraordinaires et fantastique. ; les relations authentiques des voyageurs.

Les premiers ont le rôle de beaucoup le moins important. Leur effort de critique porte bien plutôt sur les préjugés de religion que sur l’organisation sociale ; et la doctrine qu’on en peut extraire sur le sujet qui nous occupe est assez vague et assez incertaine.

Dans le livre de la Terre australe connue — par M. Sadeur — qui parut à Vannes en 1676 ?, le chapitre V est consacré à « la constitution des Australiens » et à «leurs coutumes » *, mais 1l s’agit là de leur constitution physique, non politique ; l’auteur insiste sur l’hermaphrodisme des Australiens et développe longuement les conséquences de cette bizarrerie d'organisation. Notons seulement qu’ «ils ne savent ce que veut dire le mien et le tien : tout est commun entre eux, avec une sincérité si entière que l'homme et la femme n’en peuvent avoir une plus parfaite parmi les Européens » 4 Et qu'ils se piquent aussi d’une stricte égalité :

Quant à nous, nous faisons profession d’être égaux en tout ; notre gloire consiste à paraître les mêmes, et à être cultivés de même façon. Toute la différence que nous recherchons est dans les exercices communs, afin de trouver quelque subtilité et quelque secret pour l'utilité commune 5.

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