X, 193, et cf. II, 176, V, 278, XI, 305, XII, 6, etc
vent ces sauvages vaille mieux que celui qu'ils ont laissé au partir de l’Europe.
Ainsi les Lettres, écrites — d’un style souvent bien terne et monotone, — par des hommes d'action, aux prises avec une tâche difficile, sont vraiment plus « édifiantes « qu’instructives : les auteurs, lors même — et c’est assez rare, — qu'ils exposent des faits de politique, n’exercent pas là-dessus leur réflexion ni même n'incitent le lecteur à y faire travailler la sienne.
Tout autre est l'intérêt de divers traités que publièrent dans le premier tiers du siècle les Pères Jésuites Lafitau, Buffer et Charlevoix : consciemment ou non, ceux-ci travaillèrent à former un idéal opposé à l’organisation actuelle de la société, et c’est surtout si l’on se réfère à leurs ouvrages qu’on peut dire : « à tous les mécontents, à tous les esprits impatients de liberté, sur qui pèse de plus en plus lourdement le joug de la civilisation, à mesure que le gouvernement se centralise, les Jésuites viennent offrir le tableau... d’une société simple et qui permet à l'individu d’exercer son activité sans contrainte » !.
Le premier d’entre eux, pourtant, le P. Lafitau, avec ses Mœurs des sauvages américains comparées aux mœurs des premiers temps ?, marque à certains égards une régression. Il veut manifestement combattre les auteurs, — notamment La Hontan — qui cherchent chez les sauvages une preuve que ni religion ni monarchie ne sont universelles ni par suite nécessaires. Ces peuples du nouveau monde, s’ils n’ont pas la perfection de la religion, en ont au moins quelques germes, et il est faux de dire qu'ils vivent dans l’anarchie :
On n’a pas fait une moindre injustice aux sauvages de l'Amérique, en les faisant passer pour des Barbares sans lois et sans police, qu'en disant qu’ils n’avaient aucun sentiment de religion et qu'on n’en trouvait chez eux aucun vestige. Chaque nation a sa forme de gouverne-
1 LCHiNATE, 0: €, D. 150.