le privilège de 1722), p
ment. Chez quelques-uns on voit l'État monarchique dans sa perfection, avec un grand respect pour leurs rois, et une dépendance absolue de toutes leurs volontés L |
Mais son dessein lui-même est d’abord intéressant : il met en pleine lumière la comparaison qui, chez la plupart des missionnaires, se faisait inconsciemment de ces peuples nouveaux aux peuples de la jeunesse du monde ou même au peuple élu. Mais chez Lafitau, rien, de ce perpétuel parallèle, rien ne ressort qui accentue la critique de l'institution sociale. Toutefois, s’ilest singulièrement prudent et conservateur pour ce qui regarde et le gouvernement et la religion, il est moins retenu sur la question morale; lui aussi appelle les primitifs à faire la leçon à l'Europe civilisée.
Cherchant à justifire les sauvages de cette licence amoureuse dont les a dotés «le Baron de La Hontan, qui met partout beaucoup du sien dans son ouvrage », il écrit :
Ce n’est pas que je veuille dire qu’il n’y ait point de libertinage ; 1l y en a sans doute, et doit-on en être surpris ? Est-il étonnant que des peuples barbares soient corrompus, tandis qu’en Europe, où les motifs de la religion et de l'honneur sont bien plus forts, on ne voit presque plus partout qu'une licence effrénée, et un scandale sans bornes, qui ferait horreur aux sauvages mêmes ? ?
Et ailleurs il se demande si ce n’est pas précisément le progrès de la civilisation qui amène cette décadence des mœurs : il voit chez ses héros « une grandeur d'âme et un héroïsme qui a quelque chose d’inimaginable… »
Je ne sais si l’on doit appeler Barbares des courages aussi mâles ; mais je sais qu’on trouvera plus d'exemples de ces courages intrépides chez ceux qu’on traite de Barbares, que chez les Nations policées, à qui les arts, et tout ce qui sert à les polir et à les humaniser, procure une abondance et une douceur de la vie, laquelle ne sert qu'à les amollir et à les rendre lâches #.
Hal e BOAT:
L'Examen des préjugés vulgaires auquel se livre le P. Buffier ! reflète aussi ce travail de critique sociale ; et, à le lire, on peut s'assurer, malgré le ton modéré et la prudence des mots, que le procès de la civilisation est déjà fort avancé, et bien près d’être perdu dans l'esprit des contemporains.
Buffer recommande de ne pas confondre « les deux idées de peuples polis et de peuples heureux. »
Je ne vois pas, dit-il, que les Iroquois se sachent fort mauvais gré d’être au nombre des peuples sauvages ?.
L’interlocuteur à qui Buffer a donné le rôle d'avocat de la civilisation essaye en vain d’un argument a priori :
Il est constant, dit-il, que ce qui fait les hommes heureux, c’est la raison, et que la politesse n'est autre chose que la perfection de la raison même,
Vain prétexte :
J'ai bien peur que cette raison dont vous parlez ne soit une raison frelatée (si j'ose parler de la sorte), c’est-à-dire si bien mélangée par la passion, de manière que, la passion contribuant beaucoup plus au malheur des hommes que la raison ne contribue à leur bonheur, les nations polies se trouveront un peu plus malheureuses que les nations sauvages Ÿ.
À saïinement juger, les sauvages sont donc plus heureux que nous ; car la civilisation, si elle accroit notre bien-être, augmente aussi notre capacité de souffrir :
Tous les avantages de la politesse ne sont que des exercices de sensualité, qui nuisent plus au véritable bonheur qu'ils n'y sauraient contribuer #.
Cours de sciences, 1732, in-f°, . Col. 975.
Tbid.