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Et si nous ne ressentons plus la gêne de notre culture, c’est simplement l'effet de l’accoutumance ; mais, «si vous n’en sentez pas le poids, à cause que l'habitude vous y a accoutumé, croyezvous que l'habitude ne puisse pas avoir rendu agréable aux sauvages la liberté entière dont ils jouissaient au milieu des bois et dont les hommes sont naturellement si jaloux 1! ? » Et les souvenirs classiques viennent confirmer les observations des voyageurs :
Tant que les Romains demeurèrent âpres et sauvages, ils furent vertueux et heureux en même temps. La politesse qu'ils acquirent dans la suite contre le gré de leurs plus grands hommes les livra à leur corruption et à leur malheur ?.
Le Père ne s’enferme pas dans ces généralités ; 1l pousse plus loin l'analyse : ses critiques portent principalement sur le trop de lois et sur l’inutilité de la culture mtellectuelle pour le bonheur.
— Vous apercevez-vous, — dit le défenseur de la civilisation, Timogène, — que... vous détruisez tout d’un coup les arts et les sciences qui sont essentiellement ordonnés pour rendre l’homme heureux ? — Ne serait-ce point, répliqua Téandre, qu’en voyant un bonheur fort indépendant des choses que vous dites, vous commenceriez à voir aussi qu'elles n'y sont pas si nécessaires ? Du moins les sauvages s'en passent-ils très bien en Amérique, comme nos pères s'en sont très bien passés dans les premiers siècles du monde, qui faisaient pourtant l’âge d’or, et qui étaient des siècles d’innocence et de tranquillité ÿ.
Et après avoir passé en revue les diverses disciplines, il conclut sur ces paroles désabusées :
C'est ainsi que le bonheur des hommes est bien perfectionné par les sciences. Quand ils commencent à s’y appliquer, ils prétendent tout savoir ; et quand ils s’y sont longtemps appliqués, ils viennent à